Paroisse Bellegarde

Homélie Pâques: Etes-vous croyant au coeur sensible, 1° de la classe ou diésel ?

Evangile Jean 20, 1-9

 

Je suis à peu près sûr que si je vous demandais de dessiner une courbe qui traduit l’évolution du nombre de catholiques, vous feriez une courbe qui va vers le bas. Eh bien, c’est faux ! Certes, dans la vieille Europe et donc en France, les églises se vident un peu plus chaque année. Mais pour autant, on ne peut pas dire que la foi disparaît. En effet, le nombre d’adultes qui sont baptisés chaque année à Pâques ne cesse d’augmenter, il y en avait 3000, il y a 10 ans, il y en a eu 5000 cette année. Et au niveau du monde, chaque année, les chiffres donnés par le Vatican montrent une évolution du nombre de catholiques et, ces dernières années, la croissance du nombre de catholiques augmente même plus vite que la croissance du nombre d’habitants sur notre terre. Hélas, en de nombreux lieux, les chrétiens sont persécutés, c’est ainsi qu’en Orient, leur nombre ne cesse de diminuer puisqu’ils sont contraints à l’Exil quand ils ne sont pas décapités sauvagement. Le pape François a expliqué qu’aucune persécution des premiers siècles de l’Eglise n’aura fait autant de victimes que les persécutions auxquelles nos frères sont confrontés actuellement depuis quelques années. Mais, il n’est pas sûr que cela ne produise pas un sursaut de la foi donnant raison à ce Père de l’Église qui annonçait que le sang des chrétiens est une semence de chrétiens. Ainsi donc, Pâques, c’est un peu la fête de la foi, de la foi qui grandit.

 

Mais, peut-être que certains parmi vous qui sont venus dans cette Église pour « faire leurs Pâques » comme on disait avant, ont l’impression de ne pas être des grands croyants ; peut-être même que certains se demandent s’ils sont vraiment croyants. Et puis, même ceux qui viennent régulièrement peuvent connaître des moments de doute. Le problème, c’est que nous avons souvent de la foi une image un peu stéréotypée. Nous avons une idée en tête qui nous fait dire, être croyant c’est penser de cette manière, c’est agir de cette manière. Si tous les croyants partagent la même foi, le même contenu de la foi, pour autant, les croyants sont fort différents les uns des autres. L’Évangile de ce jour nous dresse trois portraits de croyants et vous allez voir qu’il n’y en a pas un qui ressemble à l’autre. J’espère que vous vous reconnaîtrez dans l’un de ces trois portraits et si vous ne vous reconnaissez pas, ce n’est pas très grave, on pourrait rajouter beaucoup d’autres portraits et pourquoi pas le vôtre !

 

Le premier portrait, c’est celui d’une femme Marie-Madeleine. Elle, elle est le type même du croyant qui croit avec son cœur, sa foi est empreinte d’une grande sensibilité. Le jour n’est encore pas levé qu’elle se rend déjà au tombeau. Mais qu’allait-elle donc y faire ? Nous savons par les autres évangiles qu’un autre groupe de femmes devait se rendre au tombeau pour embaumer le corps de Jésus. Marie-Madeleine devance ce groupe de femmes. Elle n’a rien à y faire, en plus, elle sait très bien qu’elle ne pourra pas entrer à cause de la grosse pierre, mais elle veut être le plus près possible du corps de Jésus. Elle a sûrement participé à la mise au tombeau, la pierre a été roulée, une nuit vient de se passer et, déjà, elle ne supporte plus l’absence de Jésus. Alors, elle veut être là, tout près de lui. Il faut dire qu’elle a de bonnes raisons de vouloir être si près de lui. Jésus, en lui redonnant sa dignité de femme, l’avait fait passer en un instant de l’enfer au paradis. Elle était un jouet entre les mains des hommes et voilà que le Fils de Dieu, lui-même, a posé son regard sur elle. Mais lui, il ne l’a pas fait comme les autres hommes, lui, ce n’est pas son corps qui l’intéressait, mais son cœur. Bref, il la fait passer en un instant de l’enfer au paradis. D’ailleurs, c’est un peu sa spécialité à Jésus de faire passer les gens en un instant de l’enfer au paradis, le bon larron pourrait en témoigner. Alors, évidemment, quand celui qui vous a fait passer de l’enfer au paradis est mort, vous vous trouvez bien désemparée. Et vous feriez tout pour essayer de passer encore un moment auprès de lui, même si son corps est inanimé. Voilà, ça c’est Marie-Madeleine ! Et tous ceux qui ont vu leur vie bouleversée par une rencontre décisive avec le Seigneur croient à la manière de Marie-Madeleine, ils peuvent tous se reconnaître dans le portrait de cette croyante qui croit avec son cœur, avec sa sensibilité.

 

Le deuxième portrait, c’est celui de Jean. Lui, j’ai envie de dire qu’il croit à la manière des premiers de la classe. Jean il a toujours été, et en tout, premier de la classe ! Il a dû être apôtre très très jeune, vers 16 ou 18 ans ; avouez qu’il faut quand même le faire. Ensuite, sa manière d’être apôtre était tellement exemplaire qu’il a hérité de ce très beau nom : le disciple que Jésus aimait. Bien sûr, Jésus aimait tous ses disciples, mais pour celui-là, il avait un faible, il était tellement plus doué que les autres. Au moment de la passion, quand tous les autres vont le lâcher, lui, il suivra jusqu’au bout. Et dans le texte que nous venons de lire, nous le voyons courir vite, plus vite que Pierre ; même quand il court, il est encore premier de la classe ! Au niveau du respect de la hiérarchie, il est encore premier de la classe, il arrive avant Pierre, mais il attend que Pierre rentre le premier. Et lui, Jean, quand il rentre dans le tombeau, il nous est dit : « il vit et il crut. » Il n’a pas besoin d’explication, il n’a pas besoin d’apparition ce qu’il voit lui permet de croire immédiatement. Quand je vous dis que c’est le premier de la classe, c’est bien vrai… et c’est vrai dans tous les domaines. Il y a comme cela des croyants doués qui n’ont pas de problème pour croire, qui n’ont pas de doute, qui n’ont pas besoin de preuve ni de signes. Ils croient comme des premiers de la classe, tant mieux pour eux et si vous en faites partie, remerciez le Seigneur pour ce cadeau qu’il vous fait ! Mais tout le monde ne peut pas être premier de la classe. Si, pour vous, la foi est plus difficile, ne vous inquiétez pas, on n’est pas obligé d’être premier de la classe pour croire, le portrait de Pierre va nous le démontrer.

 

 

Oui, c’est vrai, Pierre est un croyant d’un tout autre type. On nous dit que Jean est arrivé le premier au tombeau et on en déduit qu’il courait plus vite parce qu’il était plus jeune. C’est sans doute vrai, mais il y a une autre explication. Pierre, ça faisait trois nuits qu’il ne dormait pas. Dans la nuit du jeudi au vendredi, il était avec Jésus à Gethsémani, bon d’accord, il avait dormi là-bas, mais sûrement pas très bien dormi. Et puis après, il y a eu ce moment terrible du triple reniement. Après, il ne pouvait plus dormir ; j’imagine volontiers que la nuit du vendredi au samedi et la nuit du samedi au dimanche, il n’a pas fermé l’œil. Alors, l’âge, le manque de sommeil, le poids de la culpabilité, on comprend qu’il n’arrive pas à suivre le rythme imposé par Jean. Pourtant, et c’est très beau, Pierre se rend quand même au tombeau, il réunit ce qui lui reste d’énergie pour essayer de courir encore. Avec tout ce qui lui était arrivé, il aurait pu dire : j’arrête tout, apôtre, c’est pas fait pour moi. Non, il oublie le reniement, la culpabilité, les insomnies et il se met en route une nouvelle fois.

C’est sûr que Pierre ne croit pas à la manière d’un premier de la classe. Lui, sa foi est moins vive, moins pure, il est lent à démarrer, c’est un diesel ! C’est vrai, les diesels sont moins rapides, mais quand ils sont lancés ils vont loin et ils sont increvables. C’est sans doute pour cela que Jésus l’a choisi, lui, comme responsable du groupe apostolique, comme responsable de l’Église. Il préférait un diesel qui ne s’emballerait pas mais qui irait loin. Il y a beaucoup de croyants qui croient à la manière de Pierre, comme des diesels qui ne s’emballent pas mais qui finissent par aller très loin.

 

Voilà, mes amis, ces trois portraits de croyants qui peuvent vous rassurer, vous encourager. Peu importe la manière dont on croit, l’essentiel c’est de croire. Et si, malgré tout, vous avez l’impression que la source de la foi et comme tarie en vous. Si vous avez l’impression d’être à secs, ne désespérez pas, maintenant nous allons vivre un temps qui pourra aider la foi à jaillir à nouveau de vos cœurs. Je vais dans un instant vous asperger avec l’eau qui rappelle l’eau de notre baptême, ce moment où la foi a jailli de nos cœurs. Je vais vous asperger avec un rameau et je vais passer au milieu de vous, je vous promets, vous allez être mouillés ! C’est fait exprès ! Je me rappelle, quand j’étais enfant, il y avait une grand-mère qui habitait juste à côté de chez nous. Et, cette grand-mère avait une pompe de laquelle coulait une eau merveilleusement bonne, juste à température pour l’apéritif ! Mais, en début de saison, la pompe était désamorcée, l’eau ne coulait plus. Je ne sais pas si vous savez comment on fait pour réamorcer une pompe ? Eh bien, on prend de l’eau que l’on verse dans le corps de la pompe et on pompe et au bout d’un moment l’eau finit par couler. C’est pour réamorcer la foi dans vos cœurs que je vais vous asperger avec cette eau, si votre cœur est désamorcé, avec cette eau qui va couler sur vous, tout peut repartir, il suffit que vous le vouliez.

 

Marie Madeleine, Jean et Pierre