Equipes du Rosaire

La responsabilité en Église ; La responsabilité dans les Équipes du Rosaire

« La responsabilité en Église ;
La responsabilité dans les Équipes du Rosaire »
éclairée par les Noces de Cana.

enseignement du P. Pierre Le Bourgeois

Introduction : le titre.

Si nous étudions le titre de mon intervention, il y a un mot qui revient : responsabilité. Il nous faut donc regarder le sens de ce nom. Si on prend un dictionnaire de français courant, celui-ci nous renvoie à un autre mot : responsable. L’étymologie de ce mot français nous montre qu’il vient du latin reponsus qui lui-même vient du verbe respondere, lequel veut dire « répondre ».

En d’autres termes, la notion de responsabilité est indissociable d’une personne, de quelqu’un qui est appelé à accepter de rendre compte, de répondre, de ses actes. Il doit pouvoir en accepter les conséquences. Et cela ensuite se décline de différente manière tant au niveau moral, social ou encore pénal. Quelqu’un de responsable, quelqu’un qui a une responsabilité est appelé à en assumer la réalité, les conséquences.

Il y a ensuite deux autres mot ou expression qui sont mis en lien avec la notion de responsabilité : l’Église et les Équipes du Rosaire. Le lien est fait par deux préposition de lieu « en » et « dans ».

Aussi la notion de responsabilité que nous allons considérer se situe tant dans l’Église, avec tout ce que cela comporte, qu’au sein d’un mouvement d’Église spécifique, qui a un charisme propre, les Équipes du Rosaire.

Dans un premier temps, nous allons considérer ce que signifie le fait d’être dans une configuration déterminée, l’Église ou les Équipes du Rosaire, pour exercer une responsabilité. Dans un deuxième temps, nous regarderons le texte des noces de Cana qui va nous aider à mettre en oeuvre cet exercice de la responsabilité.

En Église / Dans les Équipes du Rosaire

Tout d’abord, il y a une réalité très importante a toujours avoir présente à l’esprit : l’Église et les Équipes du Rosaire préexistent l’une et l’autre au fait que nous en soyons membre et que nous puissions y avoir une responsabilité. Il en résulte que nous devons recevoir ce qu’elles sont l’une et l’autre, leur histoire respective. Mais, il ne faut pas oublier que ces réalités ont une dimension non seulement temporelle mais également spirituelle. L’Église est le Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit Saint. Le mouvement des Équipes du Rosaire, reconnu par l’Église, a été fondé avec un charisme propre. En d’autres termes, entrer dans l’une et l’autre nous engage non seulement à en accueillir l’histoire mais également toute la dimension spirituelle, surnaturelle, qui nous conduit dans une relation avec Dieu par le Christ dans l’Esprit Saint.

Posons notre regard sur l’une et l’autre de ses réalités qui nous rassemblent aujourd’hui. Certes nous ne pourrons pas tout dire mais cela nous donnera d’entrer dans une compréhension intérieure de ce que nous sommes appelés à vivre.

Un petit mot sur l’Église.

Le Concile Vatican II, parlant du but qu’il se fixe pour exposer le mystère de l’Église, écrit ceci au début du grand document Lumen Gentium :

« L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. »

Relevons juste trois éléments de cette phrase qui sera ensuite développée dans l’ensemble du document.
-# L’Église existe dans le Christ. Ainsi parler de l’Église nous engage à considérer son lien essentiel avec la personne du Verbe de Dieu. Saint Paul dira qu’elle est son Corps (le Christ étant la tête) et son Épouse.
-# L’Église est en quelque sorte un sacrement, c’est-à-dire un signe et un moyen. En d’autres termes, en contemplant la réalité même du mystère de l’Église, l’homme, qu’il soit fidèle du Christ ou pas, découvre une réalité qui n’appartient qu’à ce mystère qui nous vient du Christ. De plus, elle est un moyen, c’est-à-dire qu’elle donne non seulement de découvrir cette réalité contemplée mais également d’en vivre.
-# Quelle est-elle cette réalité ? C’est la finalité même de l’Église : l’union des hommes avec Dieu et l’union des hommes entre eux.

Ainsi, être membre de l’Église c’est accueillir tout cela, toutes ces dimensions. Avoir une responsabilité dans l’Église c’est accepter d’être capable de rendre compte de ce que dit le Concile mais également de les mettre en oeuvre.

Or, il se trouve la grâce du baptême fait de nous des membres de l’Église. Il en découle que chacun d’entre nous, nous sommes appelés à exercer cette responsabilité d’accueillir ce que nous dit le Concile et de tout faire dans notre vie pour le mettre en oeuvre. Certes, celle-ci sera exercée à des niveaux différents, suivant des vocations particulières différentes, mais il n’empêche que d’une manière bien réelle nous sommes tous responsables du fait que l’Église soit vraiment ce qu’elle est en elle-même : « en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».

C’est pourquoi le Pape émérite Benoît XVI a pu dire : « La coresponsabilité exige un changement de mentalité touchant, en particulier, au rôle des laïcs dans l’Église, qui doivent être considérés non comme des ?collaborateurs’ du clergé, mais comme des personnes réellement ?coresponsables’ de l’existence et de l’action de l’Église. » Et il continue en disant : « Il est par conséquent important que se renforce un laïcat mûr et engagé, capable d’apporter sa contribution spécifique à la mission ecclésiale, dans le respect des ministères et des tâches que chacun a dans la vie de l’Église et toujours en communion cordiale avec les évêques » . C’est un engagement à la formation dans une obéissance filiale à l’Écriture et à la Tradition de l’Église, en communion effective et affective avec le Magistère de l’ÉGlise.

Un petit mot sur les Équipes du Rosaire

Nous le savons, notre mouvement est reconnu par l’Église. S’il l’est c’est parce que l’Église y a reconnu un charisme fidèle à l’Évangile et à la Tradition. Mais il en résulte aussi que le mouvement est appelé à aider l’Église à être « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». C’est de sa responsabilité. Ce que nous avons dit pour chacun des membres de l’Église, nous pouvons le dire pour chaque mouvement qui participe à sa vie.

Pour remplir cette mission universelle avec la spécificité qui est la sienne, le mouvement se veut être un mouvement de prière missionnaire, un mouvement marial d’évangélisation. Nous connaissons tous son organisation et tout particulièrement le fait qu’il s’agit d’accueillir Marie chez nous en étant ouvert à l’appel et à l’accueil de l’autre, du prochain. Tout membre des équipes est également appelé à vivre un temps de prière mensuel avec le « Livret des Équipes du Rosaire » et un temps de prière quotidien avec « le Calendrier d’Équipe ».

Là encore, en entrant dans ce mouvement, nous accueillons un charisme que l’Église lui a providentiellement confié. Il est important aussi de prendre conscience que nous sommes tous responsable de ce charisme et donc que nous devons en vivre d’une manière toujours plus vrai et toujours plus profonde. Certes nous avons des missions différentes au sein du mouvement, mais tous ensemble nous devons entrer dans une obéissance filiale au charisme des Équipes du Rosaire.

Comment exercer cette responsabilité qui nous incombe ?

Mon intervention avait un sous-titre : « éclairée par les Noce de Cana ».

Après avoir considéré la dimension essentielle de la notion de responsabilité, après avoir pris conscience que nous sommes tous ensemble responsable mais en ayant une mission propre, comment faire pour vivre cette responsabilité ? Pour donner des éléments de réponse, tournons-nous vers l’Écriture Sainte et regardons cet épisode des Noces de Cana.

Tout d’abord, nous allons relire le texte, puis ensuite, étant un mouvement mariale, nous allons nous mettre à l’école de Marie.

Le texte

Trois jours plus tard, il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples. Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d’eau les cuves. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Le maître du repas goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Quelques remarques

Tout d’abord, remarquons que nous sommes juste après la rencontre entre Jésus et Nathanaël. Cette rencontre se termine par ces mots de Jésus à Nathanaël qui vient de faire une magnifique profession de foi : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. » (Jn 1,50). Et il continue en disant à toute la foule : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme » (Jn 1,51). C’est la vision de l’échelle de Jacob (Gn 28,10-17) qui est ainsi réalisée en Jésus et nous montre la réalité de la médiation entre le Ciel et la Terre accomplie par le Verbe de Dieu qui a pris chair de notre chair. A Cana, Jésus réalise son premier signe messianique montrant ainsi que la Parole de l’Écriture arrive à son accomplissement.

Deuxièmement, dans ces versets, il est fait mention d’un mariage et donc d’une alliance. Dans l’Écriture cette notion d’Alliance est essentielle puisqu’il s’agit de l’Alliance de Dieu avec l’humanité (Première Alliance scellée sur le mont Sinaï) et de l’accomplissement de cette Alliance dans la nouvelle et éternelle Alliance scellée dans le sang du Christ. Les pères de l’Église, et saint Augustin en tête, aime à voir dans ce miracle de Jésus qui change l’eau en vin la réalité de la saveur de la nouvelle alliance face à la fadeur de la première alliance.

Troisièmement, on ne peut reprendre ici l’ensemble des personnages présents, je voudrai juste regarder Marie, ou plutôt la Mère de Jésus. Elle est peu citée mais elle est partout présente dans les versets rapportant les noces de Cana. C’est en quelque sorte elle qui a la main mise sur l’événement tout en s’effaçant derrière lui.

Que fait et que dit la Mère de Jésus ?

On peut dire que la Mère de Jésus est présente et fait un constat simple qui sera à l’origine de son intervention : il n’y a plus de vin ! Puis elle va trouver Jésus et ensuite les serviteurs du repas.

Quelles sont les paroles de la Mère de Jésus ? Il y en a seulement deux :
-# A Jésus elle dit : « Ils n’ont pas de vin ! » Et elle ne réagit pas lorsqu’elle se fait remettre en place par celui-ci.
-# Elle engage les serviteurs du repas à faire tout ce que Jésus leur dira. Puis on ne la voit plus, mais on sent sa présence dans les paroles qui sont dite et les gestes qui sont posés.

Tout cela est bien peu au regard de l’événement. Comme quoi, avec peu on peut faire beaucoup. En effet, la Mère de Jésus donne à celui-ci la joie d’accomplir son premier signe messianique. Marie est en quelque sorte au service de la révélation du Messie de Dieu, Jésus son divin Fils. Cela est logique puisqu’en disant son fiat au jour de l’Annonciation, elle est remplie de la grâce de Dieu et entre dans une responsabilité par rapport au mystère du salut. Écoutons encore une fois l’ange de l’Annonciation car tout est annoncé dans ce qu’il lui dit :

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin ».

Alors, Marie devient pour nous un modèle de ceux qui vivent une responsabilité. Mais, après ce que nous avons dit plus haut, Marie devient véritablement un modèle pour l’ensemble des fidèles du Christ état chacun responsable, suivant nos vocations propres, de l’être et de l’agir de l’Église.

Que faire pour vivre en vérité une responsabilité ?

Reprenons ce que nous montre le chemin suivi par la Vierge Marie dans cet épisode de l’évangile qui donne à Jésus d’anticiper les signes messianiques.

Tout d’abord nous voyons Marie être présente au mariage parce qu’elle a été invitée. Il en va de même pour nous, nous devons être là où nous sommes invités à être. Il ne s’agit pas de regarder à côté mais d’être pleinement soi-même là où nous sommes appelés.

Deuxièmement, nous voyons Marie être attentive à ce qui se passe. De même soyons à l’écoute de ce que nous voyons autour de nous pour être disponible à accueillir les besoins de nos frères dont nous avons la charge. La finalité est de permettre à chacun de vivre pleinement ce qui leur est donné de vivre.

Troisièmement, nous voyons Marie se tourner vers Jésus pour lui confier les besoins des hommes. De même avant d’agir, de prendre une décision, sachons nous tourner avec foi vers Jésus pour lui confier ce que nous avons perçu comme étant les besoins de frères. J’aimerai vous citer sainte Jeanne Jugan dans un conseil merveilleux donné aux novices au milieu desquelles elle vivait.

« Jésus vous attend à la chapelle. Allez le trouver quand vous serez à bout de patience et de fore, quand vous vous sentirez seule et impuissante. Dites-lui : ?Vous savez ce qui se passe, mon bon Jésus. Je n’ai que Vous qui savez tout. Venez à mon aide… Et puis allez. Et ne vous inquiétez pas de savoir comment vous pourrez faire. Il suffit que vous l’ayez dit au Bon Dieu. Il a bonne mémoire’. »

C’est très exactement ce que fait Marie. Sans se soucier de ce va faire Jésus, elle sait qu’il va agir parce qu’elle lui fait confiance. Aussi, elle va trouver les serviteurs pour leur dire d’obéir à la Parole de Dieu. A notre tour, faisons de même. Marie ne fait pas elle-même mais elle engage à l’écoute du Christ pour agir. Il s’agit de respecter le principe de subsidiarité en aidant ceux dont nous avons la charge de faire ce que Jésus leur demande de faire.

Ce principe de subsidiarité conduit à ne pas faire à un échelon plus élevé ce qui peut être fait avec la même efficacité à un échelon plus bas. Cela respecte les différents niveaux de responsabilité.

Enfin, même si on le voit pas dans l’évangile, on peut imaginer que Marie veille et de réjouis de l’accomplissement de la manifestation accomplit par le Christ. De même, lorsque nous exerçons une responsabilité, il est important de prendre le temps de veiller sur ceux dont nous avons la charge, de les encourager et de rendre grâce pour les merveilles qu’ils peuvent accomplir et que Jésus accomplit en eux et par eux.

En guise de conclusion

Nous avons pu le voir, être responsable veut dire être capable de rendre compte de notre attention vis-à-vis de ceux qui nous sont confiés pour leur donner de grandir, d’être pleinement eux-mêmes c’est-à-dire des êtres libres et responsables. En d’autres termes, une responsabilité n’est pas un pouvoir mais un service, c’est-à-dire l’expression d’une aide que nous donnons à une personne.

Marie est un modèle merveilleux pour cela. C’est pourquoi, j’aime à dire avec Jean-Paul II l’importance de nous mettre à l’école de Marie et quoi de mieux que les mystères du Rosaire pour cela.

P. Le Bourgeois