Equipes du Rosaire

Laissez les enfants venir à moi

Equipes du Rosaire Bourg, le 25 mai 2013
Samedi 7° semaine T.O. (Marc 10, 13-16)

« Laissez les enfants venir à moi (…) Le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent »

Si Jésus nous commande de ressembler aux petits enfants,
demandons-nous ce qui caractérise les petits enfants, afin de les imiter !
Je vous invite à observez ce qu’est un petit enfant ! C’est un être fragile et démuni.
Il ne peut rien et si on l’abandonne à lui-même, il meurt !
Par lui-même, il est incapable de subvenir à ses besoins élémentaires,
à commencer par la nourriture.

C’est donc fondamentalement un être de dépendance.
Il dépend de ses parents, particulièrement de sa mère.
Il en est conscient et il attend tout de ses parents.
Cette dépendance, loin d’être un esclavage, est l’accueil de la vie. Cette relation de dépendance dans la confiance.
Il se sait aimé.
Il sait qu’il compte aux yeux de ses parents et que l’on prend soin de lui.
Il sait que ses parents lui donnent ce dont il a besoin.
Et quand il a besoin, il réclame, il appelle…il demande avec insistance.

Mais il sait également remercier.
Il exprime sa joie et sa reconnaissance à ceux qui prennent soin de lui.
La maman est comblée par le sourire de son enfant et ses câlins affectueux…
Etre fragile et dépendant,
Recevoir et se savoir aimé,
Faire confiance,
Dire merci,
Telles sont les caractéristiques de l’enfance.
Il faudrait ajouter encore la capacité d’émerveillement.

Telle est donc l’attitude que nous devons avoir à l’égard de Dieu,
dont nous sommes les enfants bien-aimés.

Pour illustrer cet esprit d’enfance, je vous invite à vous tourner vers un Docteur de l’Eglise, Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Ste Face, qui nous enseigne à emprunter avec elle ce qu’elle nomme sa « petite voie »

Avec elle nous pouvons apprendre ce que c’est qu’accueillir le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant.

Lorsqu’on interroge Ste Thérèse, elle nous dit qu’être un enfant devant Dieu, « C’est reconnaître son néant, attendre tout du Bon Dieu… c’est ne s’inquiéter de rien… C’est ne point s’attribuer à soi-même les vertus qu’on pratique… C’est ne point se décourager de ses fautes » (Derniers entretiens, p. 259)

Il faut savoir que la conversion profonde de Ste Thérèse – et cela n’est pas un détail, mais hautement significatif- a été vécue pendant la nuit de Noël 1886.

Rapportant cet événement, Thérèse déclare : « C’est un petit miracle. En un instant, l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit, se contentant de ma bonne volonté… Je sentis, en un mot, la charité enter dans mon coeur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et, depuis lors, je fus heureuse. ».

Soulignons que cette véritable révolution ne se produit pas n’importe quand. Celle-ci survient précisément la nuit où le Christ se fait homme.
Et Thérèse rentre justement de l’église où elle vient de participer à la messe de minuit et de communier.

Elle-même commente : « J’avais eu le bonheur de recevoir le Dieu fort et puissant …
En cette nuit de lumière, commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie de grâces du ciel ».

Un admirable échange vient en effet d’avoir lieu,
entre l’Enfant de la crèche entré dans la faiblesse humaine
et la petite Thérèse devenue forte de la charité divine.
En participant à l’Eucharistie, en recevant Le Christ qui se livre par amour,
Thérèse est délivrée des défauts de l’enfance.

La grâce reçue la fait grandir et mûrir brusquement.
« Depuis cette nuit bénie ? explique-t-elle, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires,
et commençai, pour ainsi dire, une course de géant »

Le Christ né en notre chair, livré dans l’Eucharistie,
fait naître Thérèse à une nouvelle vie.
«Jésus me transforma de telle sorte que je ne me reconnaissais plus moi-même»

Que s’est-il donc passé pour Thérèse en cette nuit de Noël 1886 ?
Thérèse s’est trouvée soudainement décentrée d’elle-même.
Elle a été comme aspirée dans la dynamique de la charité divine.
Elle a alors perçu, avec la même clairvoyance que saint Jean,
l’exigence et le don qui découlent de cette expérience de salut :
« Puisque Dieu nous a tant aimés,
nous devons aussi nous aimer les uns les autres » (I Jean 4, 11).

Nous comprenons pourquoi la petite Thérèse connaît tant de succès,
pourquoi sa doctrine, qui n’est autre que la doctrine évangélique,
parle tant au coeur de nos contemporains,
perdus dans un monde qui exalte la performance et la rentabilité,
égarés dans un monde qui promeut l’individualisme et la réussite par soi-même,
Ste Thérèse dit : « Jésus veut nous donner gratuitement son ciel ».
Mais sa « petite voie » ne consiste pas seulement dans une démarche négative
de rejet de la recherche de perfection propre
et de réalisation de grandes oeuvres.

Ce qui importe, positivement,
c’est que tout son être soit mobilisé pour aimer Dieu.
Elle entend l’aimer de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces.
Elle veut donc que toute sa vie soit pur service de l’amour de Dieu.

Ayant découvert cela, elle ne s’inquiète plus de ses fautes.
Car, dit-elle, prenant l’exemple du petit enfant maladroit,
il y a des fautes qui ne font pas de peine à Dieu.
« Le bon Dieu est plus tendre qu’une mère,…
vous, ma Mère chérie, n’êtes-vous pas toujours prête à me pardonner
les petites indélicatesses que je vous fait involontairement ?…
Voyez les petits enfants, ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber,
tout en aimant beaucoup leurs parents. »

A l’école de Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face,
nous pouvons apprendre à changer pour devenir des petits enfants.
Avec elle, nous pouvons goûter la miséricorde de Dieu
et entrer dans la confiance illimitée en la grâce divine.
Avec elle nous pouvons apprendre à aimer de tout notre être
et entrer ainsi dans la joie du Royaume.

« La sainteté n’est pas dans telle ou telle pratique,
elle consiste en une disposition du coeur
qui nous rend humbles et petits entre les bras de Dieu,
conscients de notre faiblesse,
et confiants jusqu’à l’audace en sa bonté de Père. »

+ Pascal ROLAND