Diaconie

Le sens de la démarche Diaconia

En 2013, l’Église catholique en France invite tout particulièrement les catholiques à porter une plus grande attention à la fraternité et le service de leurs frères les plus fragiles. C’est le sens de la démarche Diaconia 2013, qui se vivra en paroisses, en mouvements, dans le diocèse et au niveau national tout au long de l’année à venir.

Le sens de cette démarche

A l’origine du projet Diaconia, une réflexion du pape Benoit XVI sur la triple mission de l’Eglise dans l’encyclique Deus Caritas Est et un appel des évêques de France : « La charité nous presse. »
Le pape Benoit XVI a rappelé le triple axe de la mission de l’Eglise : « la nature profonde de l’Eglise s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu (martyria), célébration des sacrements (leitourgia) service de la charité (diakonia). Ce sont trois taches qui s’appellent l’une et l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. ». C’est ce que précise une note théologique sur Diaconia 2013.

Pour Jésus, évangélisation et diaconie c’est tout un
Quand on lit les évangiles, on est frappé par la façon dont Jésus de Nazareth se situe vis-à-vis des gens qu’il rencontre sur les routes de Palestine. Il annonce une bonne nouvelle : « le Royaume de Dieu est tout proche de vous », et il guérit les malades : ces guérisons sont des signes de la proximité nouvelle et étonnante d’un Dieu qu’il révèle comme un Père qui aime tous les humains. Pour Jésus, il n’y a pas d’un côté l’évangélisation et de l’autre la diaconie. En lui, on découvre « une parole qui guérit et des guérisons qui parlent » (Gérard DELTEIL : « Évangile et service », Information-évangélisation).

Quand on est attentif à la manière de faire de Jésus, on découvre qu’il permet à chacun de reprendre confiance, de découvrir qu’il est aimé et qu’il a en lui une foi (« ta foi t’a sauvé », dit-il fréquemment), une foi qui est un don de vie qui vient de Dieu. C’est cela le service qu’il rend comme envoyé du Père. C’est sa diaconie, lui qui dit : « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45). Et il évangélisera jusqu’au bout en donnant sa vie sur la croix pour toute l’humanité. Nous découvrons donc qu’on ne peut séparer « évangélisation » et « diaconie ». Le service le plus important que nous pouvons rendre à quelqu’un dans une relation d’aide, c’est de lui permettre de découvrir qu’il a en lui une « foi », un don de vie qui fait de lui quelqu’un d’unique qui a quelque chose à apporter aux autres et à l’humanité. La bonne nouvelle commence là, dans cette attitude que nous puisons en Jésus et qui nous fait aller de découverte en découverte. Dans cette attitude de service à la manière de Jésus, nous sommes nous-mêmes évangélisés.

La diaconie de l’Église fait partie de l’évangélisation
Jésus annonce donc la bonne nouvelle du règne de Dieu indissociablement par ses paroles et ses actes. Il est venu sauver toute l’humanité à commencer par les plus pauvres. L’amour du Père est manifesté par le Fils, dont la diaconie s’accomplit sur la croix, pour envahir toute l’humanité dans l’Esprit. La charité de Dieu établit les hommes comme fils et frères. C’est pourquoi la fraternité des chrétiens est tendue vers la fraternité de toute la famille humaine. La foi est la certitude de l’amour reçu et espéré pour tous. « J’aurais beau avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien », dit St Paul (1Co 13, 2).

Ainsi on peut dire que l’évangélisation est le déploiement de cette action de Dieu dans toute l’humanité en toutes ses dimensions, personnelle, sociétale, internationale. Elle trouve son accomplissement dans la diaconie du Christ ressuscité, reprenant tout l’univers en lui pour le présenter au Père. C’est ce que l’Eglise anticipe dans l’eucharistie : « Par Lui, avec Lui et en Lui… »

La diaconie, comme service de la charité, est donc à comprendre d’abord comme le résultat de l’action de Dieu. Les chrétiens aiment parce qu’ils sont aimés de Dieu et qu’ils le croient. La fraternité en actes est la manifestation de l’amour reçu de Dieu, qui transforme les personnes et les sociétés. De ce point de vue, la diaconie est une résultante de l’évangélisation, de la bonne nouvelle de l’amour.

Mais en même temps, la diaconie participe directement du mouvement d’évangélisation, elle en est même la source, car c’est l’amour de l’autre qui nous presse d’annoncer l’évangile. L’Église évangélise par la Parole, les sacrements et le service. Comme Jésus évangélisait par ce qu’il disait, ce qu’il faisait et ce qu’il était, l’être-dans-la-charité de l’Église fait partie de sa sacramentalité, de ce par quoi elle est bonne nouvelle et signe, ici et au plan international, « de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium n°1).

Note théologique pour Diaconia 2013

Le service de la charité au soeur de la communauté

Ainsi, les évêques de France ont rappelé l’importance de l’articulation des trois tâches de l’Église et lancé un appel pour restituer le « service de la charité » au soeur de la vie de la communauté : tous nous sommes appelés à mettre la Diaconie au soeur de notre action « car c’est un exemple que je vous ai donné » (Jean 13, 15).

Dans cet esprit, le conseil de solidarité a demandé l’établissement d’une démarche intitulée « Diaconia 2013 » afin que le service des frères redevienne l’affaire de tous les baptisés et non plus seulement des organismes spécialisés. Le service des frères est un lieu source pour la foi de chaque baptisé et non pas seulement une conséquence éthique de la foi.

Dans son article 2446, le catéchisme de l’Eglise Catholique s’appuyant en outre sur la pensée des Pères de l’Eglise nous dit « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses personnelles, nous leur rendons ce qui est à eux. ».

Les moyens sont nombreux. Sans parler de l’évidente aide matérielle, la disponibilité, l’écoute, l’accueil, l’engagement sous toutes ces formes sont autant d’attentions que nous pouvons mettre en oeuvre dans la charité. La Parole de Dieu est explicite quant à nos responsabilités. N’évitons pas le Christ, il est venu pour nous aider à le rencontrer dans l’altérité.

L’objectif de la démarche Diaconia 2013 est que les personnes en situation de pauvreté et de précarité soient davantage au soeur de nos communautés chrétiennes. De nombreuses initiatives et réalisations de partage, de solidarité existent déjà. Mais tous les baptisés, s’ils désirent vivre sérieusement leur baptême sont appelés par Dieu à développer des relations de fraternité avec leurs frères et soeurs proches et lointains. Ensemble, ils sont le corps du Christ.

La diaconie est une manière de se rencontrer, de se lier les uns aux autres. Elle cherche à laisser de côté la course aux honneurs et hautes fonctions pour vivre la fraternité et l’attention à l’autre. C’est un mode de présence à l’autre qui laisse passer la présence du Christ, qui la rend sensible. L’Eglise, les communautés chrétiennes, si elles prennent au sérieux le geste de Jésus, deviennent des lieux où ceux qui d’habitude ne comptent pas sont considérés comme des guides pour aller ensemble vers la source de vie, vers Dieu.

Ce chemin vers la fraternité est une longue route. On peut même dire que l’Eglise n’aura jamais fini, elle ne pourra jamais dire : « ça y est , nous sommes arrivés ». Cette démarche de Diaconia 2013 n’est pas une fin en soi, c’est l’occasion de prendre conscience de ce rendez-vous avec le Christ, de se laisser guider par ceux que d’habitude on n’écoute pas beaucoup. C’est oser vivre la fraternité avec les pauvres !