Paroisse Saint-Martin - Combe du Val

« Tu es le messie. »

24e dimanche dans l’année B, 16 septembre 2012, Isaïe 50, 5-9a, Psaume 114, Jacques 2, 14-18, Marc 8, 27-35

L’épisode de la vie de Jésus que nous venons d’entendre constitue un tournant dans l’évangile de Saint Marc. Jusqu’alors le récit exprimait un grand bonheur. Malgré quelques manifestations de méfiance et d’hostilité de la part des scribes et des pharisiens que note Marc, l’Évangile jusque là ressemblait à une marche triomphale. Les foules accourent de partout : de Galilée, de Judée et de Jérusalem, mais aussi du désert égyptien, de la côte libanaise et de Transjordanie. Des foules qui ont reconnu d’instinct dans les paroles et dans les gestes de Jésus une proximité divine, quelque chose de fort et, en même temps, de doux et de tendre. À son contact, les aveugles voient, les sourds entendent, les lépreux sont purifiés, et les paralysés se remettent debout. C’est le printemps du Royaume de Dieu.

Alors, quand Jésus pose à ses apôtres la question de confiance : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? », la réponse fuse de la bouche de Pierre : « Tu es le messie. » Ce n’était pourtant encore que la première étape sur le chemin de la foi. Reconnaître en Jésus le Messie, l’homme imprégné de Dieu, n’était certes pas facile. Mais ce n’est qu’un premier palier, parce que reconnaître que Jésus vient de Dieu, se prononcer sur son origine, ne dit pas encore où il va ni comment il y va. A l’écoute des paroles de Jésus, à la vue de ses signes, Pierre a su reconnaître l’origine divine de cet homme unique.

Mais c’est précisément le moment que Jésus choisit pour enseigner qu’il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Pierre n’est pas encore capable d’accepter ces mots qui lui proposent de franchir une deuxième étape obligée. Il veut bien d’un dieu qui parviendrait à supprimer ou à éviter la souffrance et la mort, mais pas d’un Dieu qui ressuscite après en avoir été lui-même victime. Il veut bien d’un dieu qui parvienne à s’imposer aux anciens, aux chefs des prêtres et aux scribes, mais il ne veut pas d’un Dieu qui soit rejeté, défait et finalement tué par eux. Il veut bien d’un dieu qui soit le maître des lois de la nature et de l’histoire, et qui manifeste sa toute-puissance par des miracles spectaculaires, mais il ne veut pas d’un Dieu qui soit soumis comme tous les hommes aux lois de la nature et de l’histoire, et qui manifeste sa puissance par une résistance étonnante de l’amour et de la confiance à l’intérieur de la souffrance…

Alors Pierre prend Jésus à part, et lui fait de vifs reproches. La riposte de Jésus a quelque chose de cinglant et de brutal : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Autrement dit : « Pierre, ton image de la toute-puissance de Dieu est celle d’un homme, mais elle ne correspond pas à la puissance que Dieu lui-même choisit d’avoir. Ton espoir d’échapper à la mort et de l’emporter sur nos adversaires te fait rêver d’une victoire par la force, mais ce rêve est une caricature du Salut de Dieu, et cette caricature a quelque chose de satanique. » Le Salut de Dieu ne consiste pas à supprimer la souffrance, la mort et la haine par la force ou par un coup de baguette magique… Message vraiment d’actualité ! Plus que jamais nos enfants ont besoin du caté pour que, jamais, Dieu soit un prétexte pour se battre…

La foi de Pierre ne deviendra totale qu’à l’heure où il acceptera de répondre non seulement à la question « D’où vient Jésus ? » mais aussi aux questions « Où va-t-il ? » et « Par quel chemin ? « Bien entendu, il ne suffit pas de « répondre », il faut aussi suivre. C’est là le seul moyen de sauver notre vie si fragile et provisoire, qui se heurte au mur d’une mort inévitable. Nous avons le devoir évident et urgent lutter de toutes nos forces et de toute notre intelligence contre le mal, l’injustice et la souffrance… mais en restant dans l’Amour et sans jamais oublier que nous ne pourrons pas éviter de mourir.

Entrer dans la mort avec le Christ c’est la traverser avec lui. C’est, avec lui, passer par « le ravin de ténèbres » (psaume 22), ne craindre aucun mal et déboucher dans la vie éternelle.