Paroisse Saint-Martin - Combe du Val

Reconnaître Jésus

Troisième dimanche de Pâques B
Actes 3, 13-15.17-19 / Psaume 4 / 1Jean 2, 1-5aLuc 24, 35-48

Jésus ne s’est jamais présenté aux élections, on l’avait pourtant évacué et il est toujours là ! Mais qui est donc Jésus ? Nous nous rappelons que les deux disciples d’Emmaüs n’avaient pas discerné Jésus en cet homme qui les avaient rejoint en chemin. Ce n’est qu’une fois arrivés à la maison où ils l’avaient invité, qu’ils reconnaissent le Seigneur ressuscité au cours du repas.

L’évangile d’aujourd’hui nous rapporte un événement semblable : les disciples ont rejoint les Apôtres à Jérusalem. Et tous voient apparaître quelque chose qu’ils prennent pour un fantôme, une manifestation surnaturelle qui leur fait peur. Ce n’est que dans un second temps qu’ils reconnaissent Jésus, quand il leur montre ses plaies et mange devant eux un morceau de poisson.

La différence entre les deux récits c’est qu’à Emmaüs ils ont cru voir dans l’inconnu un simple compagnon de route avant de reconnaître en lui le Messie de Dieu. Tandis qu’à Jérusalem ils expérimentent d’abord la divinité du Christ qu’ils prennent pour un esprit, avant de le découvrir comme un homme. Mais que ce soit à Emmaüs ou au cénacle de Jérusalem, les disciples ont finalement reconnu la même personne : Jésus Christ. Et c’est seulement après ces deux rencontres avec le Christ, que les apôtres reçoivent la charge de devenir ses témoins.

Les disciples n’ont pas plus reconnu Jésus lorsqu’il s’est montré comme un homme ordinaire, sur le chemin d’Emmaüs, qu’ils ne l’ont identifié à Jérusalem quand il a manifesté sa divinité. C’est que Jésus n’est ni seulement un homme, ni seulement un être divin. Il est les deux à la fois. Si saint Luc nous présente longuement, en détails et en deux récits successifs, l’apparition de Jésus ressuscité à ses disciples, c’est pour que nous témoignons de ce double aspect du ressuscité.

Il est à la fois homme et Dieu. Il est le Seigneur qui se fait reconnaître à la fraction du pain, et il est aussi la Parole du Père qui doit rassurer ses disciples en leur montrant qu’il a un corps et qu’il mange, comme eux, du poisson. Cette apparition du Christ transfiguré au cénacle nous est beaucoup moins familière que celle aux pèlerins d’Emmaüs, mais elle dit quelque chose d’essentiel sur Jésus.

Pour témoigner du Christ dans toute sa vérité, il faut être attentif à tenir les deux bouts de la chaîne : Jésus est vrai homme et vrai Dieu.

Il faut être comme ces deux disciples qui l’ont accepté comme un ami : devenir accueillant aux autres comme s’ils étaient le Christ. Voilà le premier maillon de la chaîne.

Mais il faut accueillir en même temps le fait que Jésus est Dieu, le Fils, en Personne, et que par là il est aussi celui dont nous ignorons presque tout. Il est celui qui a créé le monde avec le Père, qui nous a créés et qui nous connaît, celui qui nous attend dans son éternité. Jésus est le Fils de Dieu qui vient à nous en se faisant l’un de nous, mais qui demeure incompréhensible, qui est partout mais toujours insaisissable. C’est l’autre bout de la chaîne.

Donc être chrétien, c’est à la fois chercher à reconnaître le visage du Christ en tout homme, et en particulier dans le visage des plus pauvres, tout en gardant un coeur ouvert sur l’inconnu de Dieu, sur le Christ transfiguré sur la montagne, glorifié au cénacle de Jérusalem, sur celui qui est à la fois lumière éblouissante et abîme insondable, l’invisible et le mystérieux. Être chrétien, c’est voir en chaque homme un frère, et, dans le même temps, se tenir prêt à plonger dans l’océan sans limite qu’est Dieu. Être témoin du Christ, c’est en aimant son prochain, annoncer aux hommes la gloire de Dieu à laquelle ils sont destinés dès aujourd’hui.