Mouvement Chrétiens des Retraités (MCR)

A propos d’euthanasie

À vrai dire… une réflexion de Bernard Millet sur l’euthanasie

En période électorale, des questions de société ancrent profondément les différences entre les partis et les candidats : certains concepts, tels que liberté, la démocratie ou le droit sont l’objet d’une guerre des mots. Il faudrait essayer de les sortir du piège du « toujours plus » qui leur est tendu. Les uns veulent en rester au statu quo, les autres réclament de nouveaux droits. C’est ainsi que l’euthanasie fait irruption dans la campagne, revêtue d’un manteau dit « progressiste » : donner la mort deviendrait acte médical au nom de la liberté et de l’égalité. C’est un peu comme s’il y avait une inéluctabilité, un sens de l’histoire qui irait vers le droit de choisir sa mort.

On assiste à une cristallisation du débat sans qu’il y ait pour autant unanimité, d’un côté de l’échiquier comme de l’autre. Une proposition de légalisation ? elle porte le n°21 ? est inscrite dans les soixante engagements du candidat socialiste qui déclare successivement qu’il n’est pas favorable à l’euthanasie mais qu’il est « pour le droit à mourir dans la dignité », et d’évoquer la demande du patient, un acte de compassion pour soulager « non la famille mais la personne », sans attendre d’ailleurs la fin de vie puisqu’elle « autorise en effet toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable et qui ne peut être apaisée à bénéficier d’une assistance médicalisée. » Si le mot euthanasie ne figure pas dans le texte, il se lit en filigrane et, comme il fallait s’y attendre, il ouvre la porte à toutes les interprétations, car il s’agit effectivement d’un choix entre deux façons de mourir et non pas d’un choix entre la vie et la mort.

On est là bien loin de ce que permet déjà la Loi Léonetti, de 2005, qui favorise les soins palliatifs, autorise la limitation du traitement en fin de vie et un droit au « laisser mourir ». Cette démarche que je qualifie de « médicalement assistée » serait-elle marquée du sceau de l’indignité puisqu’on lui oppose « le droit de mourir dans la dignité » ? Le devoir de l’équipe médicale, ou celui de la famille, serait-il inhumain, indigné ou inégalitaire ? Les mots ne seraient-ils pas détournés de leur sens pour justifier ce qu’on appelle curieusement un progrès, une nouvelle tendance ? N’oublions pas qu’il y a, derrière cette revendication à un droit de mourir dignement, un geste délibéré de mort contraire au serment prononcé par tout médecin de « ne remettre à personne du poison, si on m’en demande », ni de prendre « l’initiative d’une pareille suggestion ». La forme moderne du serment d’Hippocrate cité à l’instant lui fait promettre de « tout faire pour soulager les souffrances », de ne pas prolonger « abusivement les agonies », de ne jamais « provoquer la mort délibérément ».
Il faut oser poser la question, franchement, clairement : l’injection létale ? le poison évoqué par Hippocrate ? serait-elle tout à coup digne de l’être humain, alors qu’elle ne l’était pas dans le cadre de la peine de mort ? Oubliés Badinter et sa loi de 1981 sur l’abolition ! Le sujet est trop grave, des élections ne sauraient entraîner un basculement culturel. Les valeurs humaines dépassent les clivages politiciens.

La mort naturelle ne relève pas d’un droit, mais la vie, à chacun de ses stades, oui. S’il est nécessaire de dire non à l’euthanasie, cela ne suffit pas : il faut dire oui à l’accompagnement de la vie et de la personne, et aborder avec sérénité et sagesse le dossier de la dépendance.