Direction diocésaine de l'Enseignement Catholique (DDEC)

Messe de rentrée 2011 : Le Christ, sens véritable du don de la vie

Le Christ, sens véritable du don de la vie

Homélie de la messe, prononcée par Mgr Bagnard

Ce­lui qui en­tre­prend une lec­ture ap­pro­fon­die de l’Evan­gile ne peut man­quer de s’aper­ce­voir que, quand le Christ ren­con­tre quel­qu’un, il l’in­vite à se pro­non­cer per­son­nel­le­ment sur sa Per­sonne et à pren­dre po­si­tion vis à vis de sa Pa­role. On pense, bien en­ten­du, au célè­bre pas­sage où le Christ in­ter­roge les apô­tres : « Qui dit-on que je suis ? » et d’une ma­nière plus in­ci­sive en­core : « Et vous, que dites-vous, pour vous qui suis-je ? »

­En fait, la même in­vi­ta­tion se re­trouve en bien d’au­tres cir­cons­tan­ces. C’est le cas pour la page qui vient d’être lue à l’ins­tant. Le Christ, en ef­fet, avant de ra­con­ter la pe­tite his­toire des deux fils que le Père en­voie tra­vailler à sa vi­gne, prend soin au pré­ala­ble de de­man­der à ceux qui l’écou­tent : « Qu’en pen­sez-vous ? », c’est-à-dire : « Quel est vo­tre point de vue sur ce que je dis ? Comment réa­gis­sez-vous ? » Jé­sus prend à té­moin son au­di­teur qui ne peut plus res­ter pas­sif ou in­dif­fé­rent !

Accueillir l’Évangile, c’est entrer en contact avec le Christ

Il est im­pos­si­ble de lire l’Évangile avec at­ten­tion sans se sen­tir ap­pe­lé à don­ner une ré­ponse, une ré­ponse per­son­nelle. On peut, bien en­ten­du, ex­pli­quer et ac­cueillir l’Évangile comme un bon ré­ser­voir de va­leurs : so­li­da­ri­té, fra­ter­ni­té, res­pect des per­son­nes, fi­dé­li­té, par­don, amour du pro­chain. Tout cela, on le trouve, en ef­fet, dans l’Évangile. Il s’agit d’un bel Idéal de vie qui ap­porte des rai­sons de vi­vre et qui est ca­pa­ble d’éclai­rer bien des si­tua­tions de no­tre exis­tence quo­ti­dienne, par exem­ple, celle de no­tre tâ­che d’en­sei­gnant et d’édu­ca­teur.

C’est une cons­tante dans l’Évangile : cha­que in­ter­lo­cu­teur est ap­pe­lé à en­trer en dia­lo­gue avec le Christ, à li­vrer sa pen­sée et, plus que cela, à ou­vrir son soeur ! Telle est l’ex­pé­rience des ori­gi­nes ! Il en ira tout na­tu­rel­le­ment de même pour ceux qui, dans la suite des siè­cles, se trou­ve­ront face au Christ. C’est no­tre his­toire à nous, chré­tiens d’au­jourd’hui !

On fal­si­fie­rait donc gra­ve­ment l’Evan­gile si on le ré­dui­sait à n’être qu’un en­sem­ble de va­leurs, pro­po­sant un Idéal de vie sans al­ler jus­qu’à la Source d’où sur­git cet Idéal, à savoir, la Per­sonne du Christ. Ac­cueillir l’Evan­gile, c’est en­trer en con­tact avec Ce­lui qui en est le foyer et qui ap­pelle à vi­vre avec Lui.

Rendre compte du don total de sa vie

Ce trait spé­ci­fi­que de la vie chré­tienne trouve une il­lus­tra­tion dans un pe­tit évé­ne­ment tiré d’une ac­tua­li­té vieille de quel­ques an­nées On sait que, de­puis le mi­lieu du XIXe siè­cle, des com­mu­nau­tés re­li­gieu­ses fé­mi­ni­nes as­su­ment la mis­sion par­ti­cu­lière d’ac­com­pa­gner les fem­mes en pri­son. En 2011, la Con­gré­ga­tion des S?urs de la Mi­sé­ri­corde con­ti­nue d’?u­vrer dans plu­sieurs pri­sons en France, en par­ti­cu­lier dans celle de Fleu­ry Mé­ro­gis, en ré­gion pa­ri­sienne. En 1995, une plainte avait été dé­po­sée qui de­man­dait que les soeurs quit­tent leur ha­bit re­li­gieux pour mieux res­pec­ter le prin­cipe de laï­ci­té.

Mais les soeurs en­ten­daient bien con­ser­ver leur vê­te­ment. Il était pour el­les le si­gne de leur con­sé­cra­tion au Christ, mais aus­si le lien de com­mu­nion en­tre el­les, ren­dant vi­si­ble leur ap­par­te­nance ; de plus, le vê­te­ment les iden­ti­fiait im­mé­dia­te­ment vis à vis du per­son­nel et des pri­son­niè­res. La Mère Su­pé­rieure ajou­tait : « Nous som­mes une oreille à qui l’on peut tout dire, nous ai­dons les fem­mes dés­es­pé­rées à com­bat­tre la ten­ta­tion du sui­cide… Être en robe n’est pas un obs­ta­cle, pas une gêne pour les jeu­nes mu­sul­ma­nes. La preuve : el­les re­vien­nent nous voir plu­sieurs an­nées après leur li­bé­ra­tion. Mais si l’on ne veut plus de nous dans les pri­sons, nous irons dans les éta­blis­se­ments afri­cains où il y a un im­mense tra­vail. »

La plainte fut exa­mi­née et le ju­ge­ment fut ren­du en fa­veur des re­li­gieu­ses. De fait, sou­li­gnait-on, les neuf re­li­gieu­ses, fai­ble­ment ré­mu­né­rées, ai­daient les dé­te­nues plus pau­vres et leurs fa­milles, leur ap­por­taient un sou­tien mo­ral in­com­pa­ra­ble et ser­vaient d’in­ter­prè­tes et d’in­fir­miè­res… D’ailleurs qui, en de­hors d’une « Con­sé­cra­tion », au­rait ac­cep­té de ser­vir dans des con­di­tions aus­si ru­des, en proxi­mi­té quo­ti­dienne avec les pri­son­niè­res et pour un « sa­laire » aus­si dé­ri­soire ?

Au-delà de leur vê­te­ment, les re­li­gieu­ses vou­laient faire com­pren­dre qu’el­les n’avaient pas don­né leur vie à un sys­tème de va­leurs, à un Idéal sans vi­sage, fût-il très éle­vé, mais à une Per­sonne qui les en­voyait à des « per­son­nes » ! Leur vie était fon­dée sur le Christ au­quel el­les avaient ré­pon­du par amour – comme les dis­ci­ples des pre­miers siè­cles ; leur vê­te­ment ne si­gni­fiait rien d’au­tre que le don d’el­les-mê­mes à la Per­sonne du Christ dont el­les ti­raient le sens de leur exis­tence dans les réa­li­tés les plus quo­ti­dien­nes de leur vie de ser­vice. Com­ment ren­dre comp­te du don to­tal de sa vie si l’on en reste à un idéal, sans vi­sage et sans voix ?

Le prix à payer à la « dé­croyance » : « ser­vir » sans rai­son !

Ré­gis De­bray, dans un ar­ti­cle d’avril 2006, avait sou­le­vé ce pro­blème. Il par­tait alors de l’ex­pé­rience en mi­lieux hos­pi­ta­liers : « Quand un ma­lade ar­rive dans un éta­blis­se­ment de soins, l’in­croyant peut se de­man­der, main­te­nant qu’il n’a plus à son che­vet des soeurs de la cha­ri­té, au nom de quoi soi­gner au­trui. Ja­dis, c’était pour sui­vre l’exem­ple du Christ. Dès lors que soi­gner de­vient un mé­tier comme les au­tres, sou­mis aux 35 heu­res, sans fon­de­ment ex­tra-mon­dain ni re­con­nais­sance so­ciale, l’al­truisme des équi­pes hos­pi­ta­liè­res tien­dra de plus en plus du mi­ra­cle laï­que ou d’un vice in­com­pré­hen­si­ble : l’ab­né­ga­tion. À trop éva­cuer la foi au bé­né­fice du seul cal­cul d’in­té­rêts, le plus sim­ple dés­in­té­res­se­ment de­vient dé­rai­son­na­ble. »

De fait, sur quoi ap­puyer le don de soi aux au­tres, si­non sur un mou­ve­ment « ir­ra­tion­nel », qui n’au­rait plus d’au­tre jus­ti­fi­ca­tif que l’ar­bi­traire d’une sen­si­bi­li­té ou une pro­pen­sion ma­la­dive à ser­vir. C’est là, di­sait en­core Ré­gis De­bray, le prix à payer à la « dé­croyance » : « ser­vir » sans rai­son !

Con­fron­tés à l’ori­gi­na­li­té uni­que de l’Evan­gile et en fi­dé­li­té avec elle, nous som­mes te­nus d’al­ler au-delà de la seule ré­fé­rence aux va­leurs pour nous ou­vrir à la Per­sonne du Christ en la­quelle el­les s’en­ra­ci­nent.

Remplir les conditions qui permettent à chaque jeune de faire la rencontre du Christ

C’est ce che­min que tout dis­ci­ple du Christ est ap­pe­lé à em­prun­ter, c’est-à-dire en­ten­dre l’in­ter­pel­la­tion qu’adresse per­son­nel­le­ment le Christ à cha­cun. C’est une forme de ra­di­ca­li­té à la­quelle n’échappe au­cun dis­ci­ple. « Est ra­di­cal, di­sait Karl Marx, ce­lui qui sai­sit les cho­ses à la ra­cine. »

Voi­là bien une dé­fi­ni­tion fa­ci­le­ment trans­po­sa­ble au tra­vail que vous ac­com­plis­sez comme di­rec­teurs et en­sei­gnants dans vos éco­les. À la ra­cine de vos éta­blis­se­ments, il y a bien sûr les fon­da­teurs re­li­gieux qui leur ont don­né l’as­sise chré­tienne à la­quelle ré­pond le ti­tre d’ « éco­les ca­tho­li­ques ». Mais, plus pro­fon­dé­ment, il y a le Christ qui s’at­ta­che à cha­que être hu­main et plus spé­cia­le­ment à ce­lui qui est dans la fai­blesse et la fra­gi­li­té : l’en­fant, le jeune ado­les­cent. Bref, ceux que vous ser­vez ! Sans doute, vous par­lez des Va­leurs qui ins­pi­rent les char­tes de vos éco­les et orien­tent vos pro­jets édu­ca­tifs ! Mais il faut al­ler plus loin !

Vous avez à rem­plir les con­di­tions qui per­met­tent à cha­que jeune de faire la ren­con­tre du Christ en même temps que la dé­cou­verte de l’Eglise. C’est pour­quoi il est si im­por­tant que soit as­su­rée la ca­té­chèse – et pas seu­le­ment la cul­ture re­li­gieuse -, que les jeu­nes con­nais­sent et fré­quen­tent leurs pa­roisses, qu’ils puis­sent avoir con­tact avec le prê­tre et qu’ils aient sous leurs yeux des chré­tiens té­moins de la foi. Tout cela sup­pose la ferme vo­lon­té de dif­fu­ser l’es­prit chré­tien dans le soeur des jeu­nes.

Que cette cé­lé­bra­tion qui nous ré­unit au­tour du Christ et qui est le lieu pri­vi­lé­gié où vont être re­mi­ses, dans un ins­tant, les let­tres de mis­sion, soit la source d’un re­nou­vel­le­ment de no­tre en­ga­ge­ment au ser­vice du Christ.

? Père Guy Ba­gnard
Évê­que de Bel­ley-Ars






Le 24 septembre dernier, au cours de la messe de rentrée de l’Enseignement Catholique du diocèse, 10 nouveaux Chefs d’établissements ont reçu leur lettre de mission des mains de Monsieur Gouraud, directeur diocésain :

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« Vous recevez une mission ecclésiale, vous serez attentifs à l’accueil de chaque personne, à enraciner votre vie dans le Christ, condition indispensable à l’accomplissement de votre mission ».

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Un engagement repris par Monseigneur Bagnard qui précisait « Vous avez à remplir les conditions qui permettent à chaque jeune de faire la rencontre du Christ en même temps que la découverte de l’Eglise. Tout cela suppose la ferme volonté de diffuser l’esprit chrétien dans le soeur des jeunes ».

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Plusieurs Animateurs en Pastorale étaient aussi présents pour recevoir leur lettre de mission, une mission de 3 ans au service d’une pastorale d’établissement dynamique et claire enracinée dans le Christ et son Evangile.

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Une messe joyeuse qui s’est terminée par un verre de l’amitié bien apprécié par les enfants des familles de l’Enseignement Catholique venues se joindre à cette belle démarche.

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