Mouvement Chrétiens des Retraités (MCR)

Quelques échos du comité diocésain du 14 février 2011

De ce rendez-vous, chacun retiendra la remarquable intervention de Mgr Emmanuel Payen, vicaire épiscopal, aujourd’hui responsable de l’archidiaconat du Rhône-Vert.

Mgr_Payen

Pour présenter ce jeune et dynamique messager de Dieu, je retiens de son témoignage dans « Paroles de prêtres », consultable sur le site de l’Église de Lyon (lyon.catholique.fr), qu’il est ordonné en 1964, qu’il fonde Radio Fourvière, en 1982, à la demande de Mgr Albert Decourtray, lequel, devenu cardinal, le chargera d’organiser la grande rencontre des jeunes à Gerland, lors de la venue du Pape Jean-Paul II à Lyon, en 1986, puis, en sa qualité de secrétaire général, le synode diocésain de Lyon (1990-1993). Mgr Louis-Marie Billé, nouveau cardinal archevêque de Lyon le nomme recteur de la basilique de Fourvière, en 2001.

Le Père Emmanuel Payen relie notre thème d’année à notre bien essentiel, l’Église, et il évoque les Méditations sur l’Église du Père jésuite Henri Delubac dont s’inspirèrent fortement les évêques pour la rédaction de Lumen Gentium, une constitution sur l’Église.
L’Église est une réalité de foi, l’oeuvre de Dieu, tout comme nous le sommes. Elle nous dépasse, elle est plus belle que ce que nous percevons au premier regard, elle est le prolongement de l’incarnation. Les Pères conciliaires ont relu les Écritures, ils ont trouvé que la Bible parlait de la vie avec des images, réunies en trois familles : la campagne, le bâtiment, la biologie.

1 – Le monde de la campagne : l’enclos, le bercail… et la vigne. Lien vital entre l’Église et le Christ. Ne pas les séparer. On ne peut pas aimer le Christ si on n’aime pas son Église, mais beaucoup aiment le Christ et se passent de l’Église. Les sarments poussent sur le cep et non pas à côté. L’Église, c’est tous les sarments réunis, qui reçoivent la sève qui les fait croître, pour porter du raisin. Dieu a besoin de nous pour que nous portions du fruit. C’est la raison d’être de l’Église, servante de l’humanité.

2 – Le monde du bâtiment : Simon appelé Pierre, choisi parmi les Douze. « Vous êtes les pierres vivantes de l’édifice spirituel qu’est la maison Église » nous a-t-il dit après la Pentecôte. Si nous sommes ces pierres, nous sommes tous solidaires, si l’une est malade, tout l’édifice risque de s’écroule. La clé de voûte, encastrée entre les deux volets, permet à l’édifice sa solidité. Elle ferme et tient l’édifice. Le Christ est cette pierre. Le temple de Jérusalem, « vous êtes les temples de Dieu » dit Pierre. Dans l’apocalypse, la rencontre entre la Jérusalem d’en-bas et celle d’en-haut. Le baptême n’est plus un passeport, c’est devenir disciple de Jésus que l’on veut suivre. Tout homme est à l’image de Dieu, appelé par lui. On ne s’achète pas une place au Ciel. Suivre Jésus, c’est le chemin du bonheur. Celui qui escalade les sommets, veut partager ce bonheur avec les autres.

3 – Le monde de la biologie. Saint Paul : « le Christ est la tête et nous sommes les membres. » Solidarité des membres. Le Père Delubac s’étonne que Paul ait eu cette image. Les actes des apôtres, l’expérience de sa conversion. Il serait tombé, de cheval (?), aveuglé par une immense lumière, ses compagnons l’ont vu mais n’ont pas entendu ce que lui a entendu : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Il persécutait les chrétiens de Damas, il croit au Dieu de l’alliance, il observe les règlements, il répond « qui es-tu, Seigneur ? » – « Je suis celui que tu persécutes ». Il comprend que le Christ s’identifie aux chrétiens. Il a dû beaucoup méditer sur sa conversion, pense le Père Delubac, on ne peut pas séparer le Christ et les chrétiens.

Jeanne d’Arc, arrêtée et jugée : « tu obéis à tes voix ou à nous ? » « M’est avis que le Christ et l’Église, c’est tout un ». De là, cette image de la tête et des membres. On peut vivre sans membres mais pas sans tête. Séparer l’Église du Christ, c’est sa mort, c’est la mort. Une cellule malade peut contaminer le corps. Nous devons nous soigner mutuellement pour être en bonne santé.

Autre image de Paul : dans son épitre, l’époux est le Christ et l’épouse l’Église. Il veut qu’elle soit toujours plus belle. Notre sainteté fait notre beauté et la beauté de l’Église. C’est comme l’esprit de famille, les enfants aimant ce que les parents ont fait.

Paul Claudel : « L’Église, c’est la grand-mère sur les genoux de qui j’ai tout reçu ». Le couple, la famille s’inscrivent dans la durée, malgré les moments difficiles. Le Seigneur ne nous abandonne pas, il est avec nous (« Le Seigneur soit avec vous »). Le Christ a tout donné de lui-même pour le monde et pour son Église. Quand l’Église est-elle née ? Elle est née du côté ouvert du Christ en croix. Le Christ est le Vivant qui nous accompagne, son Église tient, sans s’écrouler, elle peut passer par des épreuves, elle peut être persécutée, comme aujourd’hui à Alexandrie, en Irak. On peut donner sa vie, par la mort brutale, ou par le goutte-à-goutte quotidien. Se donner aux autres, une grâce.

Une société qui nie Dieu va dans le mur : le nazisme qui voulait supprimer les peuples de l’ancienne alliance et de la nouvelle n’a pas réussi ; l’Europe qui veut supprimer ses racines judéo-chrétiennes, échouera aussi. On ne détruit pas l’Église.

Nous aussi, nous avons abîmé l’image de l’Église, par le péché.

Le Journal d’un curé de campagne, de Bernanos : ce curé devenu alcoolique avait perdu toute volonté, négligé. Cinq vieilles dames ont cru en lui. Un jour, plus que quatre. L’une a dit : « je viendrai tous les dimanches, il est comme il est, il nous donne Jésus ».

Pensons à tout ce qui abîme le visage de l’Église, le corps du Christ. La prière communautaire s’enrichit de la prière de chacun. La prière universelle devrait toujours contenir une intention « locale », pour un voisin malade ou malheureux, être proche de la vie de chacun.

« Seigneur, demande-moi de t’aimer comme ton Église. » L’Église est le corps du Christ. En sa femme, on n’aime pas que sa tête ! Cela demande une conversion très forte.

Est-ce que j’aime vraiment l’Église comme le Christ ? On a pu parfois être blessé à cause de son Église, et cela peut être à vie. La rancoeur existe, dans l’Église comme en famille. La blessure empêche d’aimer. Il faut donc se demander pourquoi, pourquoi ce décrochage, cet éloignement. Saint François d’Assise a entendu le Christ lui dire : « Répare mon Église ! » Il a réparé les murs et les portes et le Seigneur a renouvelé sa demande. Il est allé voir son curé qui lui a expliqué qu’il fallait restaurer le « coeur » de l’Église, et il donna alors sa vie en choisissant la pauvreté.

Aimer l’Église, c’est donner sa vie pour elle. On ne reste pas assis sans rien faire. Il faut passer de celui qui reçoit à celui qui donne, qui se donne. Jésus à l’aveugle de Jéricho : « que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’écoutons-nous ? Que répondrions-nous à cette question ? « Seigneur, fais que je voie. »

C’est une démarche d’amour et de volonté.

Quel est notre engagement ? Quelle est notre réponse ? Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime. Alors pais mes brebis. Chacun de nous ne peut répondre que pour soi-même, mais chacun peut prier pour les autres, pour les vocations, pour les baptisés, prier pour que nos enfants entendent l’appel de Dieu, prier pour nos prêtres : ils reçoivent beaucoup des laïcs. Joindre l’acte à la prière, ou la prière au cadeau. Prier aussi pour son évêque, celui que le Seigneur nous a donné. L’émiettement des Églises protestantes et évangéliques ! Tous ceux qui ont une idée créent leur Église. L’Église repose sur la force de Dieu et non pas sur la capacité des hommes. Elle est solide parce qu’elle est en Christ.

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