Paroisse Saint-Martin - Combe du Val

Dieu redonne la vue intérieure

Homélie du 4° dimanche de Carême A.

Avec sa salive Jésus fit de la boue, qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle né, et il lui dit ?Va te laver à la piscine de L’Envoyé.?

Cette description concrète manifeste que Jean, l’Evangéliste est un témoin oculaire.

Une foi de plus, on retrouve le génie de saint Jean qui sait lire la signification des gestes de Jésus. Jean est un théologien symboliste. Ces récit de miracles, qu’il appelle des ?signes?, sont choisis pour donner la signification des sacrements, pour manifester que Dieu s’est incarné et continue de nous sauver concrètement par la médiation des éléments de la création à laquelle nous sommes intimement liés. La religion chrétienne n’est pas une spiritualité désincarnée, dé-matérialisée.

Dimanche dernier nous avions une première signification : la Samaritaine représentait le peuple païen accédant à la grâce de l’intimité divine et s’incorporant au peuple de Dieu par les eaux du Baptême. Grâce du baptême que nous retrouvons en nous confessant. Sacrement que les premiers Chrétiens appelaient « deuxième planche du salut ».Ce dimanche nous donne une autre facette de la grâce du Baptême. Nous avons ici avec évidence une reprise de la création d’Adam selon le second récit de la Genèse qui est le plus ancien. Rappelez-vous : ?Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la glaise prise du sol. Il insuffla dans ses narines une ?nephèsh raya’ (c’est à dire âme spirituelle, un souffle divin), et l’homme devint un être vivant.? Le chapitre suivant de la Genèse nous décrit, toujours avec un genre littéraire aussi symbolique, le péché originel qui aveugla l’homme sur l’identité divine et sur sa propre identité. L’homme se cache désormais, il a peur de Dieu et ne supporte pas d’être regardé dans sa nudité. Depuis cet éloignement métaphysique l’homme né aveugle spirituellement, de génération en génération. C’est notre condition à tous. L’homme a besoin que Dieu lui fasse un coeur nouveau prophétisera Ezéchiel. Dieu doit intervenir pour redonner sens et amplitude à notre vie. A la célébration des Cendres, en effet, nous avons entendu une autre phrase de la Genèse : ?Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière?.

Il faut que Dieu descende et se mêle à la pâte humaine pour nous sauver de cette fatalité dans laquelle nous a entraîné le péché, dés son commencement. C’est ce que signifie cette salive mêlée à la poussière du sol. Dieu vient rejoindre l’Homme, il se mêle à lui concrètement. Pour se révéler à Lui sans lui faire peur, ou à défaut, en utilisant sa peur et sa violence qui le crucifieront, Dieu lui redonne la vue intérieure, c’est à dire la foi, et par elle la Vie éternelle. Ainsi le Baptême, en nous plongeant dans la mort avec Jésus, nous ressuscite avec Lui.
Le baptême est donc une recréation de l’homme et une guérison de sa cécité sur Dieu. L’homme est à nouveau éclairé sur la présence, l’amour et l’action de Dieu au coeur du monde aussi abîmé soit-il. Le Baptême nous lave l’âme à la ?piscine de l’Envoyé?. L’aveugle né que nous sommes reconnaît alors en Jésus-Christ plus qu’un prophète mais l’envoyé de Dieu, le Fils du Père en Personne; ce mystérieux Personnage Divin à forme humaine et envoyé de Dieu que le livre apocalyptique et prophétique de Daniel appelait ?le Fils de l’homme?.
Ainsi, devenus fils de lumière, nous disons : ?Je crois, Seigneur?, et nous nous prosternons devant Lui.

Dimanche des Rameaux, à 18h30 ici-même, nous sommes invités aussi à aller nous laver à la piscine de l’Envoyé, à laisser l’ophtalmo divin nous redonner un beau regard !

Ne ratons pas l’occasion de changer de lunettes ! (Pas seulement pour quand c’est écrit petit !)

Père Emmanuel MAINAUD