Société Nouvelle Gorini

12 – L’enseignement congréganiste dans l’Ain – 19 nov. 2011

La Société Nouvelle GORINI a organisé une journée d’étude historique le samedi 19 novembre 2011 au collège Saint-Louis de DAGNEUX, sous la présidence du Professeur Guy AVANZINI, historien des Sciences de l’Education, à Lyon :

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L’ENSEIGNEMENT CONGRÉGANISTE DANS L’AIN 1801-1905

wPr_Guy_Avanzini_2_ Présidée par le Professeur Guy AVANZINI, professeur honoraire des sciences de l’éducation (Lyon 2), cette journée d’études a réuni des historiens de congrégations enseignantes : Soeurs de Saint-Joseph de Lyon, Frère maristes, Frères de la Sainte-Famille de Belley, des historiens d’histoire religieuse régionale ou des érudits locaux, des archivistes de ces congrégations.

La qualité des communications repose sur une exploitation renouvelée des sources d’archives et sur une présentation, le plus souvent, inédite, de l’activité de ces congrégations, à partir de l’implantation de leurs établissements, en milieu rural comme en milieu urbain, qui touche aussi bien les enfants des classes sociales aisées que ceux des classes sociales modestes, garçons et filles, confondues.

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Un véritable patrimoine de l’éducation scolaire nous est livré : l’enseignement congréganiste a apporté une contribution considérable à l’acquisition scolaire, aux sciences de l’éducation : méthodes pédagogiques, livres scolaires, formation des enseignants, d’éducateurs spécialisés des élèves en difficulté, etc.

Ce n’est pas seulement un travail d’inventaire qui a été élaboré, c’est aussi l’actualité de la question scolaire qui se dégage de ces communications d’ordre historique.

Programme des interventions :
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Galerie de portraits… intervenants et participants !

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L’éducation scolaire, entre l’écritoire et la croix

Histoire des congrégations enseignantes dans l’Ain au XIXème siècle

En France, au XIXème siècle, nombre de congrégations religieuses sont fondées, et se spécialisent dans une activité apostolique qui leur permet d’assurer un service chrétien au sein de la société civile. En effet, des hommes et des femmes surtout, entrent dans la vie religieuse pour exercer une « mission, quasi professionnelle », celle d’éducateur ou d’éducatrice des enfants et des jeunes français. Un immense réseau d’écoles ou de collèges se met en place en France, et ces établissements sont appelés congréganistes, parce qu’ils sont gérés en encadrés par des congrégations religieuses.

1 – L’enseignement religieux ou la consécration d’une vie :

Les congrégations enseignantes du XIXème siècle sont, majoritairement, nées d’une initiative personnelle, celle d’un curé de paroisse, d’un laïc, d’une religieuse, une intuition spirituelle les a guidés dans leur décision, surtout au sortir de la période révolutionnaire : les carences de l’éducation des enfants et des jeunes, l’ignorance religieuse et humaine, la faiblesse, pour ne pas dire l’absence d’un encadrement formé et une répartition inégale des établissements, sur le territoire français.

Sans sous-estimer le rôle joué par les établissements non-confessionnels, les établissements congréganistes se développent dans tous les villages ; ils offrent aux enfants un enseignement continu, à l’année, en luttant contre l’absentéisme saisonnier lié aux travaux des champs ; ils organisent une scolarité adaptée aux garçons et aux filles, séparés dans des écoles qui leur sont propres, sans aucune ségrégation de programmes ; ils assurent la permanence de cette mission d’éducation ; la religieuse ou le religieux enseignants lui consacrent leur vie entière. Dans les villes, le réseau des écoles congréganistes est renforcé par la création de collèges destinés, le plus souvent, aux jeunes des élites sociales et culturelles.

Il revient à l’évêque du diocèse de Belley, comme partout en France, d’approuver le projet de fondation d’une congrégation diocésaine. Il élabore avec les fondateurs les statuts qu’il reconnaît ; il confirme l’autorité des premiers supérieurs généraux ; et célèbre l’engagement de ses membres ; il autorise et encourage les implantations dans son diocèse. Il en devient même le supérieur ecclésiastique. Ces congrégations essaient, de leur côté, de conserver leur indépendance. C’est l’oeuvre du premier évêque du nouveau diocèse de Belley, reconstitué dans les limites du département de l’Ain en 1822, Mgr Raymond-Alexandre Devie (1823-1852).

2 – L’Ain congréganiste :

Les congrégations féminines :
La mission d’éducation des congrégations religieuses se développe grâce à une croissance continue des vocations, tout au long du XIXème siècle. Les congrégations peuvent intensifier leur présence dans les villages de l’Ain, multiplier les ouvertures d’écoles primaires rurales, ou engager une politique d’investissement en terme de personnes ou de bâtiments, en ville.

Ainsi, au niveau de l’enseignement des filles, la Congrégation des S?urs de Saint Joseph de Bourg-en-Bresse, qui est, de loin, la plus importante dans l’Ain, ouvre 29 écoles congréganistes entre 1810 et 1823 ; en 1900, les S?urs de Saint Joseph sont présentes dans 161 établissements. Par ailleurs, les S?urs de la Croix de Jésus, autre congrégation diocésaine qui a sa maison-mère à Groissiat, ouvre dans les années 1840-1880, une dizaine d’écoles. Il faut mentionner que des congrégations extra-diocésaines ont des implantations dans l’Ain ; les S?urs de Saint Charles de Lyon fondées au XVIIème siècle par l’Abbé Charles Demia, originaire de Bourg-en-Bresse, s’établissent dans 10 écoles. En raison de relations que des évêques de Belley entretiennent avec des congrégations françaises, l’Ain accueille des religieuses enseignantes des congrégations des Servantes de Marie de Bayonne (8 écoles) et des soeurs de la Congrégation de la Providence de Portieux (21 écoles).

Parmi les congrégations anciennes qui se sont reconstituées après 1800, nous trouvons les Ursulines qui refondent des établissements à Trévoux et à Thoissey. Les monastères de soeurs cloîtrées, particulièrement, les Visitations de Bourg, Montluel et Gex, ouvrent des pensionnats pour obtenir la reconnaissance légale de leurs communautés religieuses.

La liste des congrégations féminines est loin d’être exhaustive.

Les congrégations masculines :
Moins nombreuses, elles rayonnent par la qualité de leurs projets éducatifs, les mises en oeuvre pédagogiquesqui rallient les maîtres et les élèves.

Les Frères des Ecoles chrétiennes, institut fondé sous l’Ancien régime, continuent à oeuvrer dans l’Ain, dans 12 établissements, le XIXème siècle voit la création de nouveaux instituts de Frères enseignants ; le Frère Gabriel Taborin, ami du Saint Curé d’Ars, fonde l’Institut des Frères de la Sainte Famille, approuvé en 1838 à Belley. Les Frères tiennent 14 établissements. Un prêtre, ami de séminaire de l’abbé Jean-Marie Vianney, Marcellin Champagnat, vicaire à La Valla (Loire), fonde la Société des Petits Frères de Marie (Frères maristes des écoles), en 1817. 11 écoles leur seront confiées.

3 ? Une éducation sans frontières :

Les congrégations enseignantes ne sont pas intéressées uniquement aux enfants et aux jeunes « sans problèmes ». Elle les rejoignent dans les épreuves et dans les handicaps de la vie personnelle, familiale et sociale… Une école de sourds-muets est ouverte, pour les garçons, dans l’actuelle maison J.M. Vianney de Bourg (Frères de la Sainte Famille) ; une autre accueille les filles sourdes-muettes, à Bourg, sous la responsabilité des S?urs de Saint Joseph. Des orphelinats sont créés, des maisons de Providence, comme à Bourg et à Ars, à l’initiative de l’abbé Jean-Marie Vianney qu’il confie d’abord à des femmes laïques, sous la responsabilité de Catherine Lassagne, puis aux religieuses de Saint Joseph en 1854. Le panorama de l’enseignement congréganiste serait incomplet s’il ne mentionnait pas l’oeuvre agricole des orphelins de Seillon, à Péronnas, sous la conduite des S?urs franciscaines et l’orphelinat des garçons, à Ferney-Voltaire qui est fondé en même temps que l’Institut des Petites S?urs des Orphelins en 1883.

4 – La suppression de l’enseignement congréganiste :

Le régime républicain avait déjà entrepris, par l’adoption de deux lois, une laïcisation progressive de l’enseignement congréganiste, en édictant des mesures restrictives en matière de fiscalité entre autres, en 1880 et en 1895. Une loi plus radicale, proposée par Emile Combes et votée en 1904, met un terme définitif à la mission éducative des congrégations enseignantes.

Les éducateurs religieux doivent, soit se séculariser (renoncer à l’habit religieux et aux liens avec leur congrégation), soit partir en exil comme les Frères de la Sainte Famille de Belley, en 1903, pour l’Italie du Nord.

Les bâtiments scolaires sont laïcisés, parfois achetés par des familles chrétiennes, privées ou constituées en sociétés civiles. Des religieux ou des religieuses ont préféré quitter leur état religieux pour pouvoir continuer à exercer leur mission d’éducation dans des écoles libres. D’autres, en Europe, ou sur le continent américain, poursuivent cette mission d’enseignement congréganiste.

L’enseignement congréganiste a disparu depuis 1904 ; le monde scolaire confessionnel s’est beaucoup transformé, de même le corps professoral. Si la vocation de l’enseignement est demeurée vivante dans la mission contemporaine de congrégations enseignantes qui ont diversifié leurs activités apostoliques en milieu scolaire, des laïcs, s’inspirant des intuitions de ces familles religieuses, renouvellent les approches humaines, pédagogiques et évangéliques.

Abbé Joël LAMBERT
Président de la SN GORINI