Paroisse Saint-Martin - Combe du Val

Une liberté fondée sur l’amour

L’évangile d’aujourd’hui poursuit l’énumération d’exemples concrets par lesquels Jésus nous invite à passer d’une morale du permis et du défendu à une morale de liberté fondée sur l’amour. Et contrairement à ce qu’on pourrait peut-être penser, c’est bien plus exigeant d’être renvoyé à sa responsabilité et à sa conscience.

Jésus donne à la Loi du Premier Testament son sens profond qui est d’être ouverture à l’amour. Les hommes se plaisent à la réduire à des prescriptions légalistes, qu’il s’agisse de la loi du talion ou de l’amour des ennemis. Jésus veut faire de nous des fils ajustés à l’Amour sans limite de Dieu et non pas des observateurs minutieux de préceptes.
On a connu de tels découpages de cheveux en quatre dans l’Eglise autrefois au sujet par exemple du jeûne avant la communion. Ce légalisme qui veut prévoir tous les cas n’y parvient jamais. Même les Etats tombent dans le même travers en multipliant les lois dès qu’un cas nouveau se présente. Dans un tel système, l’homme abdique sa liberté et se contente d’appliquer ce qui est prévu par la loi. Ce qui est plus confortable que de persévérer courageusement dans l’amour.

Jésus, lui, sans supprimer les observances de la torah, veut en retrouver le sens libérateur. « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » Il donne des exemples comme celui d’un lévite et d’un prêtre qui voyant un blessé respectent l’interprétation légaliste de la Loi en évitant de le toucher de peur d’encourir une impureté rituelle. Ils sont en règle. Le samaritain, qui ne s’embarrasse pas de ce formalisme, voit ce qu’il est bien de faire et s’occupe du blessé. Va et fais de même ! (Luc 10, 37)
Daniel Marguerat, exégète protestant, écrit que la morale de l’Évangile est « une morale de l’excès qui inscrit l’infini du désir de Dieu dans le quotidien de nos vies »1. Pour comprendre ces mots, acceptons de nous laisser guider par saint Paul qui nous invite aujourd’hui à goûter le mystère insondable de Dieu qui vient demeurer en nous. « Frères, n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ». Il nous invite à découvrir toujours mieux l’abîme de cet amour infini du Père pour les hommes au point de leur donner son Fils pour faire de nous des fils animés de son Esprit. Il écrit encore : « le monde et la vie et la mort, le présent et l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu ».

La première lecture nous stimulait en ces termes : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère. » Et Jésus, en écho, place la barre encore plus haut : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Ce qui est impossible à la chaire et au sang, est possible à l’Esprit de Jésus qui habite nos coeurs. Jésus a été fidèle à Dieu son Père jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie. Il a pardonné à ceux qui l’ont crucifié. Et le père a manifesté ce Pardon en ressuscitant Jésus d’entre les morts. En Jésus, nous accueillons en nous ce pardon, cette résurrection. Dans la foi qui agit par la charité, nous commençons à vivre déjà cette fidélité parfaite au Père. Oui, frères laissons l’infini du désir de Dieu s’inscrire dans le quotidien de nos vies.









1 Daniel Marguerat, Paul de Tarse, Ed. du Moulin, 1999, p. 98