Dialogue de Société

Une seule famille humaine

La Journée mondiale du migrant et du réfugié s’est déroulée le 16 janvier dernier. C’est l’occasion, pour le père Gilbert Nguyen Kim Sang, curé du groupement de Jasssans-Fareins et coordinateur de l’aumônerie catholique vietnamienne pour la France, de nous faire découvrir sa mission.

La pastorale des migrants, c’est d’abord l’accueil et les conditions d’accueil de nos frères migrants catholiques. Une vingtaine de communautés catholiques vietnamiennes issues de la migration sont ainsi animées par une aumônerie nationale, soutenue par le Service de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes.

La mission du Père Gilbert comme coordinateur national de l’aumônerie catholique vietnamienne s’exerce dans deux domaines principaux :
– La formation chrétienne, tant auprès des adultes qu’auprès des jeunes, avec l’organisation d’un grand rassemblement tous les deux ans;
– Les visites des communautés sur l’ensemble du territoire, en particulier celles qui n’ont pas d’aumônier vietnamien.

Pour le Père Gilbert, l’accueil des migrants et des réfugiés passe prioritairement par leur participation à la vie paroissiale et en premier lieu aux rassemblements dominicaux. L’intégration dans l’Église locale est déterminante. Certaines grandes fêtes liturgiques ? telles l’Épiphanie, la Pentecôte – sont particulièrement propices à mettre un accent particulier sur telle ou telle communauté, de même que les fêtes des peuples ou autres rassemblements aux dimensions du monde. Par les costumes, les chants en langue du pays, les offrandes spécifiques, la visibilité des chrétiens des communautés étrangères s’inscrit dans le paysage ecclésial local.

L’autre aspect important d’un accueil réussi consiste à inviter des délégués de ces communautés à participer à la pastorale des migrants du diocèse.

Quelques repères historiques

C’est après la deuxième guerre mondiale qu’est arrivée du Vietnam en France la première vague de migrants.Il s’agissait en fait de familles mixtes franco-vietnmiennes. La deuxième vague a été constituée d’étudiants puis, en 1975, des « boat people ».
_ Ce n’est donc que très progressivement que les communautés chrétiennes ont pu se structurer autour de prêtres vietnamiens résidents. De communautés de réfugiés, ces entités deviennent alors communautés de migrants. L’organisation des sacrements se met en place. Avec l’augmentation du nombre de mariages mixtes, commence à se poser aussi la question de l’inculturation.

Une interrogation se fait jour

Quel avenir pour ces communautés ? Nous essayons d’être plus attentifs et de rendre plus attentives les aumôneries aux jeunes des deuxièmes ou troisièmes générations de migrants, car ils sont marqués par une double culture et ont besoin d’être reconnus et aidés dans ce qui les marque profondément. Les personnes vieillissantes disparaissant progressivement. Qui peut jouer le rôle de relais pour transmettre les composantes essentielles de la culture vietnamienne ? Les grosses communautés ? ainsi Paris, Lyon ou Marseille ? résistent mais bien d’autres sont en difficulté.

Gilbert_Nguyen_Kim_Sang_w_Pour le Père Gilbert, le thème de cette journée mondiale du migrant et du réfugié : « Une seule famille humaine » est une invitation à accueillir l’autre tel qu’il est parce qu’il est notre frère. S’il est important que chacun puisse faire exister la spécificité de son origine et de sa culture, il l’est tout autant d’oeuvrer à cultiver et à promouvoir la grande famille humaine. Les rassemblements jouent un rôle premier pour favoriser la rencontre des diversités.

« Une seule famille humaine ». Les rassemblements en sont le signe, comme ferments de l’unification des peuples selon le projet de Dieu.

Elisabeth Lebert