Paroisse Nantua

Vie de Sainte Jeanne Jugan (1792-1879)

En bord de mer

C’est en Bretagne, à Cancale, que la petite Jeanne vit le jour le 25 octobre 1792.
Cancale est un port de pêche sur la Manche qui devait compter à cette époque un peu plus de trois mille habitants. La majorité de la population vivait de la mer. On pêchait des huîtres et des petits poissons. Certains gros bateaux de pêche partaient à la morue sur les bancs de Terre Neuve.
Le père de Jeanne était marin. Il n’était pas là lors de sa naissance étant lui-même parti pour la grande pêche dont il rentra en novembre 1792 après sensiblement six mois d’absence.

Une pauvre chaumière

La maison natale de Jeanne est une petite maison basse au toit de chaume, au sol de terre battue. Cette humble chaumière est située dans au hameau des Petites Croix, sur les hauteurs, au milieu des champs, non loin du Bourg de Cancale. La famille de Jeanne est pauvre mais fière et fidèle.

« Jeanne grandit, jouant et riant au milieu des enfants de son âge. Mais elle connaît de bonne heure la tristesse et la souffrance. Quatre de ses frères et soeurs (la famille comptait huit enfants) meurent en bas âge. En 1796 le papa, de nouveau en mer, ne revient pas. Il ne reviendra jamais. » Il faut tout de même nourrir toute la famille. Alors la maman va faire des ménages et des lessives. Jeanne, elle, mène paître les vaches sur les hauteurs qui dominent la baie du Mont Saint-Michel.
(…)

« Dieu me veut pour lui »

En 1816, Jeanne a 24 ans. C’est une belle jeune fille pleine de caractère et ayant un grand soeur. Un jeune marin veut l’épouser, mais Jeanne décline sa demande. « Dieu me veut pour lui. Il me garde pour une oeuvre qui n’est pas connue, pour une oeuvre qui n’est pas encore fondée ».

Par ces quelques mots, Jeanne nous ouvre son soeur. Elle nous introduit dans son plus cher désir : « appartenir au Seigneur ». N’est-ce pas ce qui doit animer le soeur de tout baptiser ? C’est en d’autres termes, le désir de la sainteté. (…)

Oui, Jeanne nous montre le chemin en cherchant à accomplir la volonté de Dieu dans sa vie, et cela au prix de détachements éventuels. « Dieu me veut pour lui ».

Mais, elle continue témoignant ainsi de sa confiance : « Il me garde pour une oeuvre qui n’est pas encore connue, qui n’est pas encore fondée… » Elle est certainement bien loin de penser que cette oeuvre, c’est elle qui va la fonder en 1839, à l’âge de 47 ans, et cela en donnant son lit à une pauvre femme aveugle et à demi paralysée brusquement réduite à la solitude. Pour y arriver, Jeanne est appelée à cheminer dans la foi. (…)

Là encore, Jeanne Jugan nous enseigne non seulement la disponibilité du soeur, mais également l’acceptation du cheminement de foi dans une confiance qui pourra être aveugle parfois. Dieu ne nous lâche pas mais il nous conduit. Dieu nous guide tous les jours de notre vie.

Demandons à sainte Jeanne Jugan d’intercéder pour nous afin que nous sachions orienter nos désirs, notre volonté, suivant le projet d’amour de Dieu pour nous.

Jeanne Jugan à Saint Servan (1817 ? 1839)

Saint-Servan : A l’hôpital du Rosais

C’est au cours de l’année 1817 que Jeanne quitte la maison familiale de Cancale et vient s’installer à Saint-Servan, petite commune à côté de Saint-Malo. Elle a 25 ans. Elle ne sait pas encore ce que Dieu attend d’elle, mais elle reste disponible. Attirée par le service des pauvres et elle désire se mettre à leur service. Elle voulait être pauvre avec eux. C’est pourquoi, elle laisse tout ce qu’elle a d’élégant à ses soeurs.
La ville de Saint-Servan était très déshéritée. Pratiquement la moitié de la population était inscrite au bureau de bienfaisance et de nombreux mendiants faisaient la manche auprès des quelques personnes plus aisées. Jeanne entre, comme aide-soignante, à l’hôpital du Rosais, le seul hôpital de la ville où s’entasse malades et indigents.
Pendant six ans environ, Jeanne se dévoua auprès des malades et des enfants trouvés et abandonnés. Le travail était rude, épuisant. Étant allé au bout de ses forces, Jeanne quitta son travail en 1823.

Pendant ces années, elle s’est appuyée sur sa foi vive qu’elle cherche à nourrir et à approfondir. D’ailleurs, en 1817, pendant cinq semaines, une mission paroissiale est prêchée à l’église de Saint-Servan. Elle adhère alors au tiers ordre fondé par saint Jean Eudes, dont la spiritualité est tout orientée vers une foi chrétienne de soeur vécue dans une relation aimante avec le Seigneur et une charité « tendre et active » envers tous.
(…)

Jeanne fut membre de ce tiers ordre pendant vingt années. Dieu continue à façonner son soeur.

L’attente : Temps de pause et de maturation

Ayant quitté l’hôpital du Rosais, Jeanne trouve un nouvel emploi. Une certaine mademoiselle Lecoq, de vingt ans son aînée, et qui était certainement membre du tiers ordre, la prend comme servante et comme amie. Toutes deux vécurent douze années une vie commune rythmée par la prière, les tâches domestiques, la présence aux pauvres, la catéchèse des enfants.

Les années passent et Jeanne ne sait toujours pas quelle est cette oeuvre inconnue à laquelle Dieu la destine.

En juin 1835, mademoiselle Lecoq mourut. Elle laissait à Jeanne ses meubles et une petite somme d’argent.

Avec une amie, elle loue un petit logement au centre de Saint-Servan : deux pièces à l’étage et deux autres aménagées sous les combles. Là, les deux compagnes mènent une vie assez semblable à celle que Jeanne avait avec mademoiselle Lecoq
Bientôt, une jeune fille de dix-sept ans, Virginie Trédaniel, se joint à elles. Et toute trois mènent une vie de prière et de charité.

Pour vivre, Jeanne se mit à faire des journées de travail dans des familles de Saint-Servan qui recouraient à elle : ménage, lessive, service de garde-malade… Des liens d’amitié se créèrent avec un certain nombre de personnes.
Dieu prépare son oeuvre !