Paroisse Nantua

Abbé Gabriel Gay ? De Compiègne à Buchenwald

C’est le 16 décembre 1943 que les « terroristes nantuatiens » arrivent à Compiègne. En rang par dix, ils se rendent au camp de Royallieu à deux kilomètres de Compiègne. Arrivés au camp,très vite, l’abbé Gay est repéré par le « Père Jean », un prêtre du diocèse d’Amiens qui est reconnu officieusement comme étant l’aumônier du camp. Avec d’autres prêtres, qui se trouvaient dans le camp, ils vivront, en communauté, dans la petite pièce qui servait d’aumônerie.

« On a pu dire que, si Compiègne est l’antichambre du bagne, il n’en est que l’antichambre : la vie sans travail obligatoire, en effet, avec possibilité de recevoir lettres et colis, est presque acceptable. Si le régime alimentaire est réduit au strict minimum, des distributions de la Croix Rouge demeurent possibles et l’Abbé Gay bénéficiera plusieurs fois de provisions, envoyés par ses paroissiens de Nantua. »

En dehors des corvées, le temps risquait d’être long. Aussi le « Père Jean » avait organisé toutes sortes d’activités. Plusieurs Messes étaient célébrées chaque jour. Cours, conférences, catéchismes, chapelet, s’échelonnaient tout au long de la journée.

L’abbé Gay, lui, s’emploie à la bibliothèque du camp qui est peu fournie. Il accueille et conseille judicieusement et avec le sourire les « clients » qui y venaient. De plus, avec l’organiste de Nantua, il monte une petite chorale. Ainsi, tous les dimanches une Grand’Messe solennelle est chantée !
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Malheureusement, l’effectif du camp augmente de jour en jour. Tous savent que dès qu’il y a plus de 3000 hommes, un départ vers l’Allemagne est organisé.

C’est ainsi que le samedi 22 janvier 1944, l’abbé Gay part pour l’Allemagne avec tous ses compatriotes sauf un qu’ils laissent à Compiègne gravement malade.

On peut imaginer l’horreur de ce voyage à 120 par wagon dans lesquels il est impossible de bouger… Lorsqu’un prisonnier arrive à s’évader lors d’un arrêt, il est poursuivi et les représailles sont féroces tant contre ceux qui sont rattrapés que vis-à-vis de ceux qui sont enfermés dans les wagons.

Il fait chaud. On manque d’air. Les odeurs sont épouvantables. L’angoisse est terrible.

Le dimanche 23 janvier, le train stoppe en gare de Trèves. Ce n’est qu’une halte pour apporter un peu de nourriture : de la soupe d’orge que des détenus vont chercher sous bonne escorte. Vers 13h00 le train se remet en marche. Les nerfs sont tendus à l’extrême et l’abbé Gay doit intervenir pour apaiser des querelles. « Avec l’abbé, nous sommes quelques-uns à réciter un chapelet, pour demander l’aide de Dieu. Mais le crépuscule arrive et, avec lui, commence la nuit la plus épouvantable qu’on puisse imaginer. Plusieurs de nos camarades perdent complètement l’usage de la raison », écrit un de ceux qui étaient dans le wagon avec le vicaire de Nantua. Écoutons-le encore : « De tous côtés, nous entendons des râles. L’Abbé Gay réclame le silence. Il fait appel à l’énergie des moins asphyxiés et leur demande de signaler tout camarade qui aurait perdu connaissance, afin de le faire transporter près des lucarnes. Perrin, de Nantua, était assis, ne donnant plus signe de vie. L’Abbé réussit, en le trainant sur d’autres camarades, à l’amener près de la bouche d’air. Mais il faut parlementer et, finalement, employer les grands moyens, pour obtenir une petite place. »
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Le train roule toujours. Et c’est vers 11 h du matin, le lundi 24 janvier, que le convoi entre en gare de Buchenwald.