Société Nouvelle Gorini

7 – Une page d’histoire : les Huit Chartreuses de l’Ain

Le territoire de l’actuel diocèse de Belle-Ars – correspondant au département de l’Ain – a été enrichi au cours des siècles de la présence et du rayonnement de 8 chartreuses : sept d’hommes : Portes (1115), Meyriat (1116), Arvières (1132), Seillon (1165), Sélignac (1202), Montmerle (1210) et Pierre-Châtel (1383), et une de femmes : Poleteins (1230). Ainsi, pendant plus de quatre siècles, les Pays de l’Ain ont bénéficié de l’implantation de 7 chartreuses d’hommes. La tourmente révolutionnaire les balaya toutes et seulement deux d’entre elles – Portes et Sélignac – ont pu reprendre vie de façon intermittente au XIX° et au XX° siècle.

Comment expliquer ce nombre exceptionnellement élevé :

1) La géographie : la relative proximité du Bugey avec la Grande Chartreuse en Dauphiné ; les sites reculés et les gorges difficiles d’accès.

2) La générosité des princes et des seigneurs (Savoie, Bâgé, Beaujeu, Coligny) pour l’Ordre des Chartreux qui jouit d’un grand renom.

3) Enfin – mais ce n’est pas le moindre – le nombre élevé des candidats à la solitude cloîtrée, dont la vocation a pu mûrir dans un climat de foi chrétienne profond où la vie contemplative est appréciée à sa juste valeur.

Portes
en 1115, deux moines bénédictins d’Ambronay, Bernard de Varey et Ponce s’installent dans la solitude, près de Bénonces, et construisent le monastère de Sainte Marie de Portes grâce à la générosité de la maison de Savoie. Reconstruite au XVII° siècle, la Chartreuse est abandonnée en 1791 par les moines, chassés par la Révolution. Ils y reviennent en 1865 et sont chassés à nouveau en 1905 par la Loi. Ils se sont réinstallés à nouveau en 1971.
Enfermés et pourtant libres ! (juin 2010)
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Meyriat
(Commune de Vieu d’Izenave) fut fondée en 1116 par Ponce de Balmay, chanoine de Lyon, grâce à un héritage de famille. Saint Etienne de Bourg en fut le premier Prieur. Les bâtiments servirent de carrière à un aubergiste de Nantua pendant la Révolution. Des vestiges ont subsisté jusque vers 19

Arvières
(Commune de Lochieu) a été fondée en 1132 par Saint Arthaud – qui en fut le premier Prieur – grâce à la générosité du Comte Amédée III de Savoie. Située au Nord du Grand Colombier – à 1472 m d’altitude – la chartreuse a joué un rôle économique important dans la région par la construction de moulins et de granges. Détruite à la Révolution, il n’en reste rien aujourd’hui.

Seillon
était un prieuré bénédictin (d’où son implantation près de la Ville de Bourg) avant de passer en 1178 dans l’Ordre des Chartreux. Rebâtie au XVII°, elle est vendue en 1791 puis transformée en orphelinat au XIX° siècle. Seuls les bâtiments de l’entrée rappellent les travaux du XVII° siècle.

Sélignac
a été fondée en 1202 dans le Val St Martin, sur le territoire de Simandre grâce à la générosité de Hugues II de Coligny. Prospère au XV° siècle, elle est reconstruite au XVII° siècle. Les chartreux la quittent en 1794 et reviennent en 1866. Chassés de nouveau en 1905, ils sont de retour en 1928 grâce à la générosité de Mme Tardy.

Montmerle
était un Prieuré Bénédictin, situé dans le Val Saint Etienne, sur les bords de la Reyssouze, territoire de Lescheroux. Ce prieuré passa à l’Ordre des Chartreux en 12Reconstruite au XVII° siècle grâce aux familles de Beaujeu et Coligny, la chartreuse fut détruite à la Révolution, il ne reste de l’époque que les murs de clôture et le portail qui a perdu sa toiture d’origine. Quelques uns des tableaux de l’église conventuelle ont été transportés dans celle de Pont-de-Vaux.

Pierre-Châtel
était un ancien château de la Maison de Savoie. EN 1383, Amédée VI l’avait légué pour y établir un monastère de 15 chartreux. Les moines avaient la garde du Fort qui commandait le passage du Rhône. La chartreuse fut transformée à la Révolution en forteresse puis en prison. De nombreux bâtiments subsistent encore.

Poleteins
en 1230 (ou 1238), Marguerite de Baugé, femme de Humbert V de Beaujeu, donne tout le territoire de Poleteins (commune de Mionnay) aux Chartreux pour y établir un monastère de moniales. AU début du XVII°, la décadence les oblige à quitter leur couvent pour celui de La Salette. Une communauté de religieux leur succède en 1605. Il ne reste rien des bâtiments.

Il faudrait ajouter le prieuré de Saint-Sulpice (commune de Thézillieu) dont le Prieur Humbert, bénédictin tenta (de 1120 à 1130) de faire adopter par ses moines les coutumes cartusiennes. Finalement, la communauté, marquée par ses origines cénobitiques, se rattacha à l’Ordre de Cîteaux dans la filiation de Pontigny.