Paroisse Pont-de-Veyle

Le Père Roger Futi

Le P. Roger Futi a été curé du groupement de Grièges de 2007 à 2013. Il est désormais curé des groupements paroissiaux de St-Etienne-du-Bois et de Marboz.

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– De nationalité angolaise, j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de ma jeunesse au Congo Démocratique où mes parents ont imigré peu de temps après ma naissance, le 21 Juin 1967. J’ai fais mes études au Congo Démocratique, l’ex-Zaire où j’ai passé la plus grande partie de ma vie.

Mon père et ma mère

– Je suis le dernier né d’une famille de huit enfants.
Papa était de l’Eglise protestante à l’origine. Quand il rencontre maman, il avait déja trois femmes.
Il demanda à maman qui était une catholique convaincue, d’être sa quatrième épouse. Elle lui a tout de suite dit non, pour quatre raisons:

-* Il n’y a rien de commun entre un protestant et un catholique.
De fait, à cette époque-là, protestants et catholiques ne s’entendaient pas et ne pouvaient pas vivre ensemble.

-* «Tu es un païen» , Papa n’était pas baptisé et donc il ne pouvait pas s’approcher d’un baptisé.

-* «Tu vis dans le péché» , Papa était polygame avec déja trois femmes.

-* Une catholique ne peut pas vivre dans un mariage polygame.

Papa qui désirait vraiment que maman devienne sa femme, lui a posé cette question:
«Si je deviens catholique, me fais baptiser et répudie mes autre femmes, consentiras-tu à m’épouser ?»
Réponse de maman :
«Oui»
Alors papa va rencontrer le catéchiste catholique de son village pour s’inscrire au caté des adultes.
Il est envoyé à la mission ([La paroisse où vivait le Curé)] qui était à 50 km du village, il va y passer deux ans de caté, en s’y rendant, à pied, chaque dimanche après-midi pour toute la semaine et revenir au village chercher les provisions les samedis.
Au terme de ses deux années de caté, il se sépare alors de ses trois femmes, se fait baptiser et épouse maman.
Dés lors, papa deviendra un fervent catholique.
Papa est mort cinq années après ma naissance.

Mon enfance.

– Comme on le voit dans le récit de ma famille, je suis issu d’une famille très chrétienne.
Mais, à première vue, cela n’a rien à voir avec ma vocation.
Après la mort de papa, la vie deviens dure.
Maman qui n’avait que 37 ans, refuse de se remarier. Ce qui n’est pas convenable dans ma culture.
Elle s’engage à élever seule ses enfants. Dépourvue de ressources, elle est incapable de nous envoyer à l’école. Elle travaille aux champs, juste pour trouver de quoi nous nourrir.
Et moi j’avance en âge, jusqu’à huit ans, je ne suis pas encore allé à l’école.

Mon grand-frère qui avait regagné le Cabinda ([Angola)] pour y chercher du travail, vient en congé dans le village où nous étions et me trouvant à ma neuvième année sans savoir lire et écrire, il en est préocupé et s’en va rencontrer l’enseignant du village pour lui demander s’il pouvait me faire grâce d’aller à l’école malgrés mon âge avancé.
Il y consent, mais à condition que je ne tape pas les plus jeunes qui avaient trois ans de moins que moi.

Quelle souffrance !
Dés le premier jour j’étais l’objet de moquerie de tous.
On me disait de rentrer à la maison faire les travaux de champs, j’étais trop vieux pour être en première année primaire ([CM1)] .
Malgrès ces moqueries, il m’était inerdit de frapper sous peine d’être renvoyé de l’école.

Ma seule revanche ?
La réussite !
Eh oui, l’âge aidant, j’ai brillé dans les études de telle sorte que rien ne m’arrêtait.
J’ai dépassé ceux qui redoublaient les années et jusqu’au BAC je n’ai pas eu à reprendre une année.

Ma vocation.

– J’ai vu des missionnaires dans notre village, mais rien qui ne pouvait provoquer en moi l’appel du Seigneur.
Une fois admis aux humanités secondaires ([Lycée)], je suis envoyé dans une école catholique gérée par des religieuses.
Oh ! Qu’elles étaient belles dans leurs robes blanches !
Mon soeur fut remué à leur vue. Je ne désirais plus qu’une chose: être « soeur », comme elles.

Un dimanche, après la messe, je courrus vers une d’elle et je lui dis:
«Ma soeur, je voudrais être comme vous; je veux être « ma soeur » moi aussi»
La soeur éclata de rire et je n’y comprenais rien !
Elle me dit que pour être « ma soeur » , il fallait être une fille et non un garçon. Elle ajouta que je pouvais néanmoins être frère religieux ou prêtre.
Pour cela, il me fallait rencontrer le curé de la paroisse.
Quelle ne fut pas déception !
J’avais déjà vu le Curé, il n’était pas aussi beau dans son habit que les soeurs.
Il m’avait fallu quatre ans pour faire le passage de l’idée de « soeur » à l’appel au sacerdoce.

Cursus de formation et premiers pas dans la vigne du Seigneur.

– Envoyé au Séminaire de Boma, du diocèse du même nom, je fais une année de théologie.
Puis je quitte le diocèse pour la vie missionnaire dont j’avais toujours rêvé.
Je fais mon entrée dans une jeune Communauté religieuse née au Cabinda et fondée par un jeune prêtre diocésain.
Une belle expérience !
Je suis envoyé à l’Institut Catholique de l’Afrique de l’Ouest ([ICAO)], devenu depuis l’Université Catholique de l’Ouest ([UCAO)], en Côte d’Ivoire.
A la fin de ma formation, je suis envoyé au Congo-Brazzaville auprès de Mgr Ernest Kombo, d’heureuse mémoire, notre Evêque protecteur.

Ordonné prêtre le 22 septembre 2002, je suis nommé Chancelier du Diocèse d’ Owando. Je le resterai jusqu’à mon départ pour la mission en France, dans le Diocèse de Belley-Ars.

Au plan pastoral, j’étais:
-* Vicaire à la paroisse cathédrale Christ-Roi d’Owando,
-* Aumônier diocèsain
-* Deuxième Aumônier du renouveau Charismatique Catholique,
-* Accompagnateur des jeunes en recherche avec lesquels j’ai créé la famille «Christ-Lumière», une sorte d’ ONGD ([Organisation Non Gouvernementals pour le Dévelopement)] qui oeuvre à l’épanouissement de la jeunesse par l’apprentissage des métiers manuels et à l’éveil des talents enfouis ([musique, sport, théâtre …)] Nous avons deux disques ([CD de chants religieux)] sur le marché.
-* Actuellement nous travaillons dans le domaine d’accueil des enfants de la rue afin de les ammener à la quitter et à apprendre un métier qui leur permettra de se prendre en charge. Il est vrai que mon éloignement est un handicap pour ces jeunes, mais ils arrivent à se débrouiller sans moi.
Dieu merci !

Des signes précurseurs de ma mission en France.

– Je suis arrivé en France fin juillet 2007.
Je connaissais déjà ce pays depuis 2000 à l’occasion des JMJ de Rome. Nous étions dans le groupe de la Communauté de l’Emmanuel. Avant d’aller à Rome, nous avons participé à une session de cinq jours à Paray-Le-Monial. A la fin des JMJ, je suis revenu en France, à Annecy chez un ami.

Devenu Prêtre, je suis revenu en France en 2003 pour une retraite spirituelle à Ars ! Clin d’?il du Seigneur ?
Deux ans plus tard, en 2005, je me retrouve à nouveau en France pour les JMJ de Cologne et pour la retraitte internationale des Prêtres à Ars !
Pas de doute, cette fois, clin d’?il du Seigneur.

Je pensais beaucoup à la mission mais n’imaginais pas que cela soit en France et dans le Diocèse du Saint Curé.
Je disais toujours: «J’irais là où le Seigneur m’envoie»

Dans le Diocèse de Belley-Ars et à Grièges.

– Pour moi, c’est Dieu qui répondait à mon désir de la mission, un peu comme pour St Pierre Chanel.
J’ai toujours désiré la vie missionnaire. Elle me permet de faire l’expérience de ce que les premiers missionnaires ont vécu en quittant chez eux pour l’inconnu.

Il est vrai que le France n’était pas une inconnue pour moi. Pourtant, aujourd’hui, je découvre m’ être fait beaucoup d’illusions, je ne la connaissais que très superficiellement, «M’bote buala… (La beauté d’un village, c’est quand tu es de passage)» , dit-on dans ma langue maternelle.
Il faut y habiter pour bien l’apprécier.

Quand je venais en France pour un ou deux mois, je n’étais en contact qu’avec les chrétiens « pratiquants ».
Aujourd’hui je découvre une autre France. Mon regard a changé. Je comprends combien la France est déchristianisée et avec quelle vitesse le paganisme a refait surface.

En pensant à tous ces trésors de foi, transmis à mon pays par les missionnaires et qui sont, aujourd’hui, foulés aux pieds dans leur terre d’origine, il y a de quoi s’interroger.
«Ces missionnaires, nous ont-ils trompés où ont-ils fait comme St Paul  » puisque vous refusez d’accueillir la Bonne Nouvelle, c’est aux païens que j’irai les annoncer… »»
Et je me demande : «Si les missionnaires nous ont trompés, d’où viendrait ce grand bonheur que nous avons d’appartenir à Jésus ?
Un homme est incapable de donner un tel bonheur !
Il ne peut qu’être surnaturel !»

La réponse se trouve dans la Parole de Dieu ; l’Occident et particulièrement la France est allé chercher de l’eau «dans des citernes crevassées» (Jérémy. 2,13)

Joies et peines dans ma vie missionnaire en France.

– Ma mission en France et particulièrement, dans le Diocèse de Belley-Ars, est jalonnée de beaucoup de sujets de joie.
-* Le bon accueil de Mgr Bagnard et de toute sa curie
-* La joie de voir les progrès réalisés dans mon intégration.
-* Les petits bourgeons de dynamisme spirituel de mes chrétiens.
-* La chorale paroissiale mise en place à mon arrivée commence à produire de belles choses.
-* Les réunions de secteur qui deviennent de plus en plus conviviales.
-* Et surtout le soutien de beaucoup de mes chrétiens.

Mais cela ne m’empêche pas de m’interroger sur les fruits de cette mission.
Il me tarde de voir la grande floraison de vie chrétienne, le nouveau rayonnement spirituel du peuple de Dieu dans ma paroisse de Grièges.
Il y a aussi la solitude ! C’est la première fois que je vis seul et cela n’a pas été facile, surtout au début.

Ma plus grande difficulté est de savoir comment rendre actuelle la Bonne Nouvelle pour qu’elle intéresse encore ceux qui s’en sont détournés.
A mes amis d’Afrique qui me demandent comment va ma mission en France, je leur répond : «Il est plus facile d’annoncer Jésus-Christ à celui qui n’en a jamais entendu parlé que de ramener à la foi celui qui s’en est détourné.
»

Et c’est la situation que je trouve en France.
La plupart de ceux que nous côtoyons ont été chrétiens dans le passé, comment les ramener à la pratique de la vie chétienne ?
Là se trouve la clé de la nouvelle évangélisation de la France
Il faut un nouveau langage, de nouveaux témoins.

P. FUTI ROGER+

200 ème visite le 22 Juin 2010.
100 ème visite le 15 Mars 2010.