Equipes du Rosaire

Rosaire et Evangélisation – Mgr Guy-Marie Bagnard

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Méditer les mystères du Rosaire, c’est méditer les grands événements de la vie de Jésus-Christ. C’est regarder la Personne du Christ dans les moments les plus décisifs de sa vie.

Marie est ici d’une aide précieuse. Car de tous ceux qui ont approché Jésus, elle est celle qui a le plus vécu – et de loin ! – dans son intimité. Elle Le connaît de l’intérieur comme nul autre. Pour cette raison, elle est un guide incomparable. Qui mieux qu’une mère peut faire connaître son fils ? Dans la prière du chapelet, nous laissons donc Marie nous prendre par la main et nous conduire vers Lui.

Le premier effet du chapelet médité est de nous établir dans le voisinage de Jésus. C’est comme des volets qui s’ouvrent pour laisser filtrer la lumière de l’Evangile. On apprend toujours beaucoup, au contact de quelqu’un, surtout si l’on s’arrête aux moments clés de sa vie. Le compagnonnage fréquent et assidu fait comprendre bien des choses sans paroles ! Un geste, un avertissement, une exclamation deviennent des signes qui ouvrent le chemin de l’intériorité. C’est ainsi qu’on entre dans l’intimité d’une personne.

Le second effet est la transformation qu’entraîne cette proximité avec le Christ. On est toujours un peu façonné par l’objet que l’on regarde – surtout si l’on s’y attarde ! Et son image finit par s’imprimer ! La répétition des « Je vous salue Marie », que le chapelet égrène entre nos doigts, agit à la manière des gouttes d’eau qui, en tombant régulièrement, finissent par transpercer la pierre la plus dure. Avec le temps, on « devient » celui que l’on fréquente.

Marie nous a devancés sur cette route. L’Evangile nous dit qu’elle faisait remonter à son intelligence et à son coeur tout ce qu’elle avait retenu dans sa mémoire. Ce travail est comparable à celui d’une rumination. Ce que l’on avait d’abord engrangé rapidement et sans y prêter attention défile ensuite en détail devant les yeux de l’intelligence et du coeur ; alors on découvre ce qui était passé inaperçu. La Personne de Jésus est comparable à une carrière inépuisable d’où l’on extrait un nouveau minerai. On se trouve davant un immense trésor. Il fallait seulement prendre le temps de la méditation prolongée pour s’en apercevoir.

Pourtant, ce qui se transforme en nous, ce n’est pas seulement l’ampleur et l’acuité du regard, c’est le désir de ressembler à celui que l’on regarde. La méditation opère comme une attraction, une attirance. Le rayonnement qui se dégage de la Personne de Jésus invite à se mettre de plus en plus à son école. On veut lui être docile. Insensiblement, on lui abandonne les projets personnels auxquels pourtant on tenait dur comme fer ; on se laisse envahir par Sa pensée et Sa volonté. Là encore, Marie nous précède : « Faites tout ce qu’il vous dira », disait-elle aux serviteurs des Noces de Cana.

Ce dessaisissement de soi ne peut se faire que sur le fond d’une confiance totale. Celle-ci nous convainc qu’en marchant à sa suite, nous irons vers plus de joie et de bonheur. On lâche prise parce que l’on est sûr qu’en s’ajustant à Lui on sera plus heureux. Etre crispé sur son avenir rend triste, comme le fut le jeune homme riche de l’Evangile. La prière du Père de Foucauld est un bel exemple de cet abandon au dessein bienveillant de Dieu : « Mon Père, je m’abandonne à Toi, fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout ».

Cette disponibilité débouche sur une question : quel est donc le grand désir du Christ ? La réponse apportée par l’Evangile ne fait aucun doute : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». « Père, je ne veux perdre aucun de ceux que tu m’as donnés ». Dans cette perspective du salut qu’il apporte, Jésus laisse aux Apôtres un ultime message : « Allez dans le monde entier. Faites de toutes les nations des disciples ! » L’Esprit Saint est donné à la Pentecôte pour accomplir cette mission de salut universel.

L’appel du Christ touche le coeur de celui qui prie les mystères du Rosaire. La méditation met sur le chemin de la mission. Celui qu’on a contemplé devient Celui que l’on veut faire connaître et faire aimer. Ainsi est-on conduit à prier pour la mission et pour les missionnaires.

Aujourd’hui, dans notre diocèse où l’appel à évangéliser a été lancé, la prière pour les évangélisateurs doit se faire plus ardente : qu’ils soient animés de courage, de persévérance, de discernement et d’une prudente audace. Ainsi, ceux qui prient le chapelet s’associent aux missionnaires en les portant dans la prière, à la manière de Thérèse de Lisieux qui offrait sa vie pour tel missionnaire. Et en même temps, ils prennent place dans la mission, en saisissant toutes les occasions de faire connaître le Christ par la parole et par les actes, dans les initiatives les plus simples qui peuvent jalonner les journées les plus ordinaires.

d’après EPA n°8 du 2 mai 2008